Enseignant de la maternelle à l’université – 1

Publié: 14 septembre 2026 dans De la maternelle à l'université, Formation, Réflexions
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Quand une famille ne roule pas sur l’or…

Dans une famille qui ne roule pas sur l’or, les études des enfants sont aussi une question de coût.

Mes parents m’ont donc poussé à passer, en 1969, le concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs.

J’avais 15 ans et j’étais encore élève en classe de troisième.

À l’époque, cette orientation avait un avantage considérable pour une famille aux revenus modestes : la scolarité était prise en charge et, après le baccalauréat, les deux années de formation à l’École normale étaient rémunérées.

Pour mes parents, c’était une solution raisonnable.

Pour moi, beaucoup moins.

Je ne voulais pas devenir instituteur.

À l’époque, je trouvais ce métier dévalorisant et mal rémunéré. Je rêvais probablement d’autre chose, même si je n’avais pas encore une idée très précise de ce que pouvait être cet « autre chose ».

J’ai pourtant été reçu au concours à Belfort.

Il n’y avait pas alors d’établissement de formation dans cette ville. J’ai donc poursuivi ma scolarité au lycée, avant d’entrer, après le baccalauréat, à l’École normale de Besançon pour deux années de formation.

La découverte d’une autre pédagogie

Très rapidement, quelque chose m’a gêné dans les méthodes pédagogiques qui nous étaient enseignées.

Je trouvais l’enseignement trop frontal, trop magistral.

Le professeur parlait, les élèves écoutaient.

Et la discipline occupait une place importante.

La violence n’était d’ailleurs pas absente de cette école. Elle pouvait prendre une forme qui nous semblerait aujourd’hui inimaginable : la gifle administrée à un élève était encore une pratique relativement fréquente.

Cette conception de l’enseignement ne me convenait pas.

Avec quelques camarades de promotion, je me suis alors intéressé à la pédagogie Freinet.

Nous découvrions une autre manière de concevoir la classe : davantage fondée sur l’expression de l’enfant, la coopération, l’expérimentation et la recherche.

Pour moi, ce fut une véritable découverte.

Mais cette démarche n’a pas vraiment été appréciée par les enseignants qui nous formaient.

Mes interrogations, mes recherches et notre volonté de réfléchir autrement aux pratiques pédagogiques ont rapidement créé des tensions.

Nous étions encore de très jeunes élèves-maîtres.

Et nous commencions déjà à remettre en question ce que l’on nous enseignait.

La sanction

À la fin des deux années de formation, notre petit groupe « Freinet » a payé le prix de cette liberté de réflexion.

Lors de l’attribution des postes, nous nous sommes retrouvés… en queue de tableau !

Coïncidence ?

Je vous laisse en juger.

Ce n’était pourtant que le début d’une longue histoire avec l’Éducation nationale.

Une histoire qui allait me conduire, au fil des décennies, de la maternelle à l’université.

Et qui m’a surtout appris une chose : on ne devient pas enseignant uniquement en apprenant à enseigner.

On le devient aussi en se demandant, sans cesse, pourquoi et pour qui on enseigne.

Jacques Cartier

Enseignant honoraire à l’université de Franche-Comté – France

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