
De la formation à distance à l’ingénierie pédagogique
Après plusieurs années consacrées à l’enseignement de la technologie, puis à l’assistance et à la formation des personnels dans le cadre du RAIP (Relais d’Assistance Informatique de Proximité), une nouvelle étape s’ouvre au début des années 2000.
L’informatique n’est désormais plus seulement un outil au service de l’enseignant, de l’établissement ou de l’administration. Elle devient progressivement un moyen de concevoir autrement la formation.
Pendant six années, mon activité s’inscrit ainsi au sein d’une mission consacrée à la formation des enseignants et des personnels administratifs. Le travail porte notamment sur le développement, aux niveaux national et local, de dispositifs de formation à distance.
Le changement est considérable.
Jusque-là, la distance avait surtout été envisagée sous l’angle de l’assistance : répondre à un problème, aider un utilisateur, accompagner un stagiaire à partir de ses besoins.
Il s’agit désormais d’aller beaucoup plus loin : concevoir une formation dans laquelle la distance devient une composante essentielle du parcours d’apprentissage.
FODAD : passer à l’échelle nationale
Au niveau national, une expérience particulièrement importante est celle du dispositif FODAD, consacré aux métiers administratifs.
Je rejoins l’équipe nationale FODAD et prends en charge une double responsabilité, à la fois technique et pédagogique.
D’une part, j’assure la gestion de la plate-forme de formation et j’accompagne les collègues dans sa prise en main. Il faut leur permettre de maîtriser cet environnement nouveau, d’en comprendre les possibilités et de l’intégrer à leurs pratiques de formation.
D’autre part, j’anime des formations nationales consacrées à la mise en place du tutorat.
Cette seconde dimension est essentielle.
Une plate-forme, aussi performante soit-elle, ne constitue pas à elle seule une formation. Elle ne peut remplacer la relation qui s’établit entre celui qui apprend et celui qui accompagne.
Le tutorat devient donc un élément central de la réflexion.
Comment accompagner un apprenant que l’on ne rencontre pas quotidiennement ?
Comment repérer ses difficultés ?
Comment répondre à ses interrogations sans faire à sa place ?
Comment maintenir son engagement dans la durée ?
La formation à distance oblige ainsi à repenser le rôle du formateur. Celui-ci n’est plus seulement transmetteur de connaissances. Il devient aussi accompagnateur, médiateur et tuteur.
Une expérimentation locale : le B2i adulte
Parallèlement à cette dimension nationale, une autre expérience est développée au niveau local : une formation entièrement à distance consacrée au B2i adulte. (Brevet Informatique et Internet)
Cette fois, la distance n’est plus simplement une modalité parmi d’autres.
Elle constitue le principe même du dispositif.
Une telle organisation oblige à reconsidérer ce qui semblait aller de soi dans une formation traditionnelle.
Comment présenter une activité lorsque l’apprenant n’est pas dans la même salle ?
Comment lui permettre de travailler de manière autonome tout en sachant qu’il peut être accompagné ?
Comment repérer une difficulté lorsque le formateur ne voit plus directement l’apprenant à l’œuvre ?
Et surtout, comment éviter que la distance ne se transforme en isolement ?
Une réponse s’impose progressivement : l’accompagnement doit occuper une place centrale.
Le tutorat ne constitue donc pas un supplément ajouté à la formation. Il en devient l’un des fondements.
La visioconférence entre dans le paysage
À cette époque, la visioconférence commence elle aussi à trouver sa place.
Une nouvelle possibilité apparaît : se retrouver à distance, en direct, pour échanger, expliquer, montrer un problème, répondre à une question ou accompagner une activité.
Après l’ordinateur, puis le réseau, une autre dimension se dessine : la présence synchrone à distance.
La technologie ne remplace pas le formateur. Elle lui permet de créer une nouvelle forme de proximité.
La frontière entre le présentiel et le distanciel devient ainsi moins nette. Une formation peut comporter des ressources accessibles à distance, du travail individuel, des échanges avec un tuteur et des temps de rencontre en visioconférence.
L’enjeu n’est plus de reproduire à distance une salle de formation traditionnelle.
Il devient nécessaire d’imaginer une autre manière d’apprendre et d’accompagner.
Une activité menée en réseau
Ces différentes expériences ne sont pas conduites isolément.
Mon activité se réalise de concert avec la Mission du Numérique pour l’Enseignement Supérieur (MINES) et avec le pôle FOAD du ministère, basé à Toulouse.
Cette collaboration permet de confronter les expérimentations de terrain à une réflexion plus large sur les usages du numérique dans la formation.
Le travail s’effectue ainsi à plusieurs niveaux : national avec FODAD, local avec le B2i adulte, mais aussi institutionnel, dans un réseau d’acteurs qui commencent à structurer ce nouveau champ de la formation.
La formation à distance cesse progressivement d’apparaître comme une simple utilisation originale de l’informatique.
Elle devient un véritable domaine d’ingénierie pédagogique.
Une nouvelle forme de tâtonnement expérimental
Avec cette évolution, le concept de tâtonnement expérimental, découvert bien des années auparavant à travers la pédagogie Freinet, prend une nouvelle dimension.
À l’époque de l’EMT, l’élève apprenait en fabriquant, en essayant, en corrigeant et en recommençant.
Avec la programmation, il découvrait qu’une erreur pouvait devenir une information permettant d’améliorer son travail.
Avec la formation des personnels, le stagiaire partait de ses propres difficultés et cherchait une réponse adaptée à une situation réelle.
Désormais, c’est le concepteur de formation qui doit expérimenter.
Un dispositif est imaginé.
Il est mis en œuvre.
Les réactions des apprenants sont observées.
Certaines activités fonctionnent, d’autres moins bien.
Le dispositif est ajusté.
Puis une nouvelle expérimentation commence.
Le tâtonnement expérimental change une nouvelle fois de terrain.
Il ne concerne plus seulement celui qui apprend. Il devient aussi une manière de concevoir la formation.
De l’outil à l’ingénierie pédagogique
Ces années vont progressivement transformer ma manière de considérer le numérique.
L’informatique avait d’abord été un outil pour faire.
Elle était ensuite devenue un outil pour communiquer, assister et former.
Elle devient maintenant un outil pour concevoir des environnements d’apprentissage.
Il ne suffit plus de connaître une technologie. Il faut comprendre un public, identifier ses besoins, construire un parcours, prévoir les modalités d’accompagnement, former les acteurs du dispositif, choisir les outils pertinents et observer les effets produits.
Autrement dit, la question n’est plus seulement :
« Que peut-on faire avec la technologie ? »
Elle devient :
« Comment utiliser la technologie pour mieux faire apprendre ? »
Cette question, finalement, n’est pas très éloignée de celle qui accompagnait déjà les premières années de mon enseignement.
De l’atelier de technologie à la formation à distance, le matériau a changé.
Le tâtonnement expérimental, lui, demeure.
Ces six années consacrées à la formation des enseignants et des personnels administratifs constituent ainsi une étape décisive.
Elles permettent de passer progressivement de l’utilisation du numérique à la conception de dispositifs de formation, dans un contexte où Internet, les réseaux, le tutorat et la visioconférence commencent à modifier profondément les pratiques.
Et, surtout, elles permettent de changer de posture : de formateur, devenir également concepteur et accompagnateur de dispositifs de formation à distance.
Une nouvelle étape se profile alors.
Après avoir enseigné au collège, formé des enseignants et des personnels administratifs, participé à une équipe nationale, géré une plate-forme, formé des collègues et animé des formations sur le tutorat, le parcours va conduire vers un nouvel environnement, l’université.
Jacques Cartier
Enseignant honoraire à l’Université de Franche-Comté
Blog : https://espace-formation.blog

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