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Deep silence (Mikaël Restoux), CC BY-SA 3.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0, via Wikimedia Commons

De l’EMT à la technologie : quand l’informatique entre dans la classe

Après plusieurs années consacrées à l’éducation manuelle et technique, une nouvelle étape se dessine dans mon parcours d’enseignant. L’EMT va progressivement laisser place à la technologie.

Pour beaucoup, il ne s’agit alors que d’une évolution de la discipline. Pour un enseignant attaché depuis longtemps à la pratique et à l’expérimentation, le changement est beaucoup plus profond.

Il faut retourner en formation. Et cette fois, une nouvelle dimension va prendre une place considérable : l’informatique.

Une année pour changer de métier

En 1985 commence un stage long d’une année en technologie à l’École normale de Vesoul.

La formation est particulièrement riche : informatique, mécanique, électronique, gestion…

Certains domaines me sont déjà familiers, notamment la mécanique et le travail pratique. L’informatique, en revanche, constitue un territoire largement nouveau.

Les premiers ordinateurs utilisés dans l’Éducation nationale font leur apparition. Et surtout, vient la découverte de la programmation.

Une découverte qui va rapidement faire écho à une démarche pédagogique déjà ancienne.

Le tâtonnement expérimental

Quelques années auparavant, la pédagogie Freinet avait permis de découvrir le principe du tâtonnement expérimental.

La démarche est simple dans son principe, mais particulièrement féconde : essayer, observer, comprendre, modifier et recommencer.

L’erreur n’est plus seulement une faute à sanctionner. Elle devient une information qui permet de progresser.

L’apprentissage passe ainsi par l’expérience, la recherche et la confrontation au réel.

Avec l’informatique, cette démarche retrouve un nouveau terrain d’expression. Quelques lignes de programme sont écrites, puis exécutées. Le résultat correspond aux attentes… ou pas.

Il faut alors rechercher l’erreur, modifier le programme, le tester à nouveau et observer ce qui se produit.

L’ordinateur devient, à sa manière, un nouvel atelier de tâtonnement expérimental.

La continuité avec l’EMT apparaît alors clairement.

Un planeur en balsa ne vole pas nécessairement comme prévu, un moteur de mobylette ne fonctionne pas toujours après un premier réglage, un programme ne donne pas toujours le résultat attendu.

Dans les trois cas, la même démarche s’impose : observer, rechercher, corriger et recommencer.

Le matériau a changé. Le tâtonnement expérimental, lui, demeure.

1987 : professeur de technologie

En 1987, la qualification pour enseigner la technologie est obtenue.

Direction le collège Pompidou de Pouilley-les-Vignes, où l’enseignement de la technologie se poursuivra pendant près de dix ans.

Mais l’informatique va rapidement prendre une place qui dépasse largement celle d’un outil pédagogique parmi d’autres.

La fonction de personne-ressource informatique de l’établissement vient compléter celle de professeur de technologie.

La salle informatique devient un nouvel espace d’expérimentation, une nouvelle forme d’atelier.

Des ordinateurs dans les classes

Nous sommes encore très loin de l’univers numérique actuel.

  • Pas de smartphones ;
  • Pas de tablettes ;
  • Pas d’Internet accessible en quelques secondes.

Les ordinateurs sont rares, leur puissance limitée et leur utilisation demande souvent patience et persévérance. Mais ils ouvrent un monde nouveau.

La programmation permet de faire découvrir aux élèves une relation différente à la machine. L’ordinateur n’est pas seulement un outil qui affiche des informations.

C’est une machine que l’on peut programmer.

L’élève peut donc devenir acteur de ce qui se passe à l’écran. Il écrit des instructions, les exécute, constate le résultat et cherche à comprendre pourquoi celui-ci ne correspond pas toujours à ce qui était attendu.

Une nouvelle forme de tâtonnement expérimental apparaît.

Quand l’ordinateur sort de la salle de technologie

Peu à peu, l’activité informatique dépasse le cadre de mes cours. J’accompagne et forme des collègues, des personnels administratifs et des enseignants découvrent à leur tour les possibilités de ces nouveaux outils.

Le journal informatisé du collège est créé, un logiciel permet de gérer les notes d’environ 600 élèves, la gestion des cross-country du collège est également informatisée.

L’informatique n’est donc plus seulement une nouvelle composante de l’enseignement.

Elle devient progressivement un outil de fonctionnement de l’établissement.

Et avec cette évolution apparaît une nouvelle fonction dans mon quotidien : celle de formateur.

De professeur à formateur

À partir de 1993, une nouvelle étape est franchie avec une activité de formateur académique en informatique à mi-temps, associée à la responsabilité des personnes-ressources de l’académie.

La transmission change alors de dimension.

Après avoir appris à utiliser l’informatique avec les élèves, il s’agit désormais d’accompagner d’autres enseignants dans la découverte de ces nouveaux outils. Le parcours semble changer de direction. Pourtant, la question fondamentale reste la même : comment faire apprendre ?

De l’École normale à la pédagogie Freinet, de la classe de transition à l’EMT, puis de l’EMT à la technologie et à l’informatique, une même préoccupation demeure : permettre à l’apprenant d’être réellement acteur de ses apprentissages.

Une révolution qui ne dit pas encore son nom

À la fin des années 1980 et au début des années 1990, l’expression « révolution numérique » n’appartient pas encore au vocabulaire courant. Il s’agit simplement de découvrir de nouveaux outils, d’expérimenter, de tâtonner, de chercher ce qu’ils peuvent réellement apporter à l’enseignement.

Le recul manque encore pour mesurer les transformations qui s’annoncent. Pourtant, une nouvelle période professionnelle est déjà en train de se dessiner.

L’informatique va progressivement me conduire vers la formation des enseignants, puis vers la formation à distance, les dispositifs en ligne, l’ingénierie pédagogique et, plus tard, l’enseignement supérieur.

À ce moment-là, impossible évidemment de prévoir la suite.

Il s’agit simplement d’un professeur de technologie qui découvre, avec ses élèves, qu’un ordinateur peut devenir un formidable outil pour chercher, programmer, expérimenter et apprendre.

Et une nouvelle aventure commence : celle de la pédagogie numérique.

Jacques Cartier

Enseignant honoraire à l’université de Franche- Comté

Blog : https://espace-formation.blog

Contenu de l’article
Utilisation de l’IA comme aide à l’écriture
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Peut-être les plus belles années de mon enseignement

Après mon expérience d’instituteur spécialisé en 5e de transition, une nouvelle étape va profondément marquer mon parcours d’enseignant : l’éducation manuelle et technique, l’EMT, au collège.

Je vais y découvrir un enseignement qui me correspond particulièrement.

Apprendre pour pouvoir transmettre

Pour commencer, plusieurs stages de formation vont me permettre d’acquérir de nouvelles compétences. Ces stages sont aussi l’occasion de faire de belles rencontres et de nombreux apprentissages. J’y découvre notamment la menuiserie.

Je vais apprendre à travailler le bois, à utiliser les outils, à concevoir et réaliser des objets. Mais, au-delà des techniques elles-mêmes, ces formations vont surtout me donner envie de transmettre autrement. Très rapidement, je fais le lien avec ce que j’avais découvert quelques années auparavant : la pédagogie Freinet.

Je retrouve dans l’EMT une liberté pédagogique qui me convient particulièrement.

  • Je peux inventer mes cours ;
  • Je peux imaginer les objets que les élèves vont fabriquer ;
  • Je peux expérimenter, modifier, recommencer ;
  • Et surtout, je peux donner une place centrale aux élèves : celle de produire eux-mêmes.

Faire de beaux objets

Je tiens beaucoup à ce que les élèves ne se contentent pas de fabriquer quelque chose. Je veux qu’ils fabriquent de beaux objets. Du bois massif, de vrais matériaux, des réalisations dont ils puissent être fiers. Le travail manuel n’est pas, pour moi, une activité secondaire destinée simplement à occuper les élèves. Il permet d’apprendre autrement.

Il faut comprendre un plan, mesurer, tracer, choisir un outil, réaliser un assemblage, corriger une erreur. Et lorsque l’objet est terminé, l’élève peut le regarder et se dire : « C’est moi qui l’ai fait. »

Cette satisfaction est aussi une forme d’apprentissage.

Une véritable ambiance d’atelier

La salle d’EMT ressemble davantage à un atelier qu’à une salle de classe traditionnelle.

Les élèves bougent. Ils passent de leur établi à l’armoire à outils, observent le travail d’un camarade, reviennent sur leur propre réalisation. Cette liberté de mouvement n’est évidemment possible que si elle s’accompagne de règles. Chaque élève doit apprendre à gérer son établi et ses outils. Il faut savoir utiliser correctement le matériel, mais aussi en prendre soin. Et il y a des choses qui peuvent paraître très simples mais qui sont essentielles dans la vie d’un atelier : ranger, nettoyer, remettre les outils à leur place.

La liberté n’est donc pas l’absence de contraintes. Elle implique au contraire de la responsabilité. Chacun est responsable de son espace de travail, de son matériel et de ce qu’il produit.

Des planeurs en balsa… jusqu’au moteur de mobylette

L’EMT permettait aussi d’aller beaucoup plus loin que le simple travail du bois.

Avec les élèves, je pouvais aborder le modélisme. Nous fabriquions notamment des planeurs en balsa. Il fallait concevoir, découper, assembler, poncer, ajuster. Mais surtout, il fallait ensuite vérifier si le planeur volait !

Un objet correctement fabriqué sur le plan esthétique pouvait très bien être un mauvais planeur. Il fallait donc observer, comprendre, modifier, recommencer. Là encore, l’élève était confronté à quelque chose de très concret : la réalité ne triche pas.

Et puis nous pouvions aborder la mécanique.

J’ai notamment fait travailler les élèves sur l’entretien d’un moteur de mobylette. Démonter, comprendre le fonctionnement, remonter, effectuer les réglages…

Et surtout, ne pas s’arrêter à la théorie. Les réglages pouvaient être testés réellement sur le moteur. Le résultat était immédiatement observable. Le moteur fonctionnait correctement… ou ne fonctionnait pas ! Il fallait alors chercher pourquoi.

C’était une formidable école du raisonnement : observer, émettre une hypothèse, intervenir, tester et éventuellement recommencer.

Et puis, il y avait la cuisine !

L’EMT ne se limitait pas au travail du bois, au modélisme ou à la mécanique.

J’ai également enseigné la cuisine. Et, au départ, je n’étais pas particulièrement satisfait de cette partie de l’enseignement. Faire de la pâtisserie et faire consommer du sucre aux élèves ne me paraissait pas forcément constituer la meilleure manière de leur apprendre à se nourrir !

Plutôt que de me contenter de cette situation, j’ai décidé de me former. J’ai donc suivi, à mes frais, une formation auprès d’un médecin nutritionniste.

L’objectif était d’apprendre à équilibrer un repas. La formation était très concrète. Nous, les stagiaires, cuisinions ensemble. Puis nous mangions ce que nous avions préparé.

Après le repas, le médecin reprenait avec nous les différents plats et analysait leur composition : les aliments utilisés, leurs apports et l’équilibre général du repas. C’était une manière très pratique d’apprendre.

Et cette formation m’a permis de réfléchir différemment à l’enseignement de la cuisine.

Nous avons notamment travaillé sur des recettes intégrant des aliments qui n’étaient pas forcément très courants dans les cuisines familiales de l’époque : pois chiches, haricots rouges, maïs… L’idée était de découvrir d’autres aliments, d’autres associations et d’apprendre à construire un repas équilibré.

Je pouvais ensuite faire vivre ces découvertes avec mes élèves. La cuisine devenait ainsi bien davantage qu’une activité consistant à préparer des gâteaux. Elle devenait un support pour apprendre, expérimenter et réfléchir à notre alimentation.

Apprendre en faisant

Avec le bois comme avec la cuisine, le modélisme ou la mécanique, je retrouve finalement les principes qui m’avaient attiré vers la pédagogie Freinet quelques années auparavant.

Apprendre en faisant.

  • Donner aux élèves une place active ;
  • Leur permettre d’expérimenter ;
  • Accepter l’erreur comme une étape de l’apprentissage ;
  • Les amener à devenir progressivement autonomes ;
  • Et surtout, leur permettre de constater concrètement le résultat de leur travail.

Je crois aussi que cette pédagogie change profondément la relation entre l’enseignant et les élèves. Je ne suis plus seulement celui qui sait et qui transmet. Je suis aussi celui qui prépare les situations, accompagne, conseille, aide à résoudre les problèmes et laisse les élèves chercher leurs propres solutions.

Avec l’EMT, j’ai trouvé un espace où je pouvais véritablement inventer mon enseignement. Et cette liberté était précieuse.

Peut-être les plus belles années…

Avec le recul, je pense que les années passées à enseigner l’éducation manuelle et technique au collège ont été peut-être les plus belles années de mon enseignement.

  • Parce que je pouvais enseigner autrement ;
  • Parce que je pouvais faire confiance aux élèves ;
  • Parce que je pouvais leur faire découvrir le plaisir de fabriquer quelque chose de leurs mains ;
  • Parce que je pouvais leur montrer qu’une erreur n’est pas nécessairement un échec, mais souvent le début d’une recherche ;
  • Parce que je pouvais moi-même continuer à apprendre ;
  • Et parce que, finalement, je retrouvais dans ma classe les principes qui m’avaient attiré vers Freinet lorsque j’étais encore élève-maître à l’École normale.

Mais l’Éducation nationale allait une nouvelle fois faire évoluer mon métier. L’éducation manuelle et technique allait progressivement laisser place à la technologie. Et avec cette nouvelle discipline allait arriver un bouleversement que je n’imaginais pas encore : l’informatique allait entrer dans ma classe.

Programmation, ordinateurs, nouvelles façons de travailler… Une nouvelle aventure pédagogique allait commencer.

Jacques Cartier

Enseignant honoraire à l’université de Franche-Comté

Mon blog : https://espace-formation.blog

Students collaborating in groups on an urban biodiversity classroom project
Image générée par IA

Instituteur spécialisé en 5e de transition

Après mes deux années à l’École normale de Besançon, j’ai suivi pendant une année supplémentaire une formation qui m’a conduit vers l’enseignement spécialisé.

Nous sommes en 1974.

Je deviens instituteur spécialisé et je suis nommé dans une classe de 5e de transition.

À cette époque, le collège n’est pas encore le collège unique que nous connaissons aujourd’hui.

Les élèves sont orientés dans différentes filières en fonction de leurs résultats scolaires et de leurs difficultés. Les classes de transition accueillent notamment des élèves pour lesquels l’enseignement général traditionnel semble mal adapté.

Je découvre alors une autre réalité de l’enseignement.

Ces élèves ne sont pas forcément ceux qui posent le plus de problèmes. Ce sont souvent des jeunes qui ont simplement besoin qu’on leur propose autre chose.

Et cette expérience va profondément marquer ma manière de concevoir mon métier.

Je vais y découvrir que certains élèves que l’école considère comme « en difficulté » peuvent se révéler lorsqu’on leur donne l’occasion de faire, manipuler, construire, expérimenter.

C’est une expérience qui prendra tout son sens quelques années plus tard lorsque j’enseignerai l’éducation manuelle et technique.

En 1974-1975, je suis donc instituteur spécialisé en 5e de transition.

Et pendant que je fais mes premiers pas dans ce métier, l’Éducation nationale prépare une transformation majeure.

En juillet 1975, la loi Haby va poser les bases du collège unique.

Je ne le sais évidemment pas encore, mais je suis en train de vivre les dernières années d’un système scolaire qui va profondément changer.

Et moi aussi, je vais continuer à changer.

Je vais passer de l’enseignement spécialisé à l’éducation manuelle et technique, puis à la technologie.

Mais cela, c’est une autre histoire…

Jacques Cartier

Enseignant honoraire à l’université de Franche-Comté – France

Mon blog : https://espace-formation.blog

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Quand une famille ne roule pas sur l’or…

Dans une famille qui ne roule pas sur l’or, les études des enfants sont aussi une question de coût.

Mes parents m’ont donc poussé à passer, en 1969, le concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs.

J’avais 15 ans et j’étais encore élève en classe de troisième.

À l’époque, cette orientation avait un avantage considérable pour une famille aux revenus modestes : la scolarité était prise en charge et, après le baccalauréat, les deux années de formation à l’École normale étaient rémunérées.

Pour mes parents, c’était une solution raisonnable.

Pour moi, beaucoup moins.

Je ne voulais pas devenir instituteur.

À l’époque, je trouvais ce métier dévalorisant et mal rémunéré. Je rêvais probablement d’autre chose, même si je n’avais pas encore une idée très précise de ce que pouvait être cet « autre chose ».

J’ai pourtant été reçu au concours à Belfort.

Il n’y avait pas alors d’établissement de formation dans cette ville. J’ai donc poursuivi ma scolarité au lycée, avant d’entrer, après le baccalauréat, à l’École normale de Besançon pour deux années de formation.

La découverte d’une autre pédagogie

Très rapidement, quelque chose m’a gêné dans les méthodes pédagogiques qui nous étaient enseignées.

Je trouvais l’enseignement trop frontal, trop magistral.

Le professeur parlait, les élèves écoutaient.

Et la discipline occupait une place importante.

La violence n’était d’ailleurs pas absente de cette école. Elle pouvait prendre une forme qui nous semblerait aujourd’hui inimaginable : la gifle administrée à un élève était encore une pratique relativement fréquente.

Cette conception de l’enseignement ne me convenait pas.

Avec quelques camarades de promotion, je me suis alors intéressé à la pédagogie Freinet.

Nous découvrions une autre manière de concevoir la classe : davantage fondée sur l’expression de l’enfant, la coopération, l’expérimentation et la recherche.

Pour moi, ce fut une véritable découverte.

Mais cette démarche n’a pas vraiment été appréciée par les enseignants qui nous formaient.

Mes interrogations, mes recherches et notre volonté de réfléchir autrement aux pratiques pédagogiques ont rapidement créé des tensions.

Nous étions encore de très jeunes élèves-maîtres.

Et nous commencions déjà à remettre en question ce que l’on nous enseignait.

La sanction

À la fin des deux années de formation, notre petit groupe « Freinet » a payé le prix de cette liberté de réflexion.

Lors de l’attribution des postes, nous nous sommes retrouvés… en queue de tableau !

Coïncidence ?

Je vous laisse en juger.

Ce n’était pourtant que le début d’une longue histoire avec l’Éducation nationale.

Une histoire qui allait me conduire, au fil des décennies, de la maternelle à l’université.

Et qui m’a surtout appris une chose : on ne devient pas enseignant uniquement en apprenant à enseigner.

On le devient aussi en se demandant, sans cesse, pourquoi et pour qui on enseigne.

Jacques Cartier

Enseignant honoraire à l’université de Franche-Comté – France

Pédagogie et technologie, quid ?

Au début de mon utilisation d’outils informatiques en pédagogie, notamment une plateforme de formation, j’étais pressé de voir ce que ça pouvait donner comme résultat !

Je me suis vite aperçu que je brûlais des étapes, notamment celle de l’analyse de mon projet. Je me réfère au modèle ADDIE (Analyse, Design, Développement, Évaluation)

https://www.niu.edu/citl/resources/guides/instructional-guide/course-design.shtml

Je pouvais donner prise aux critiques à l’époque quant à l’utilisation de technologies dans le domaine de l’enseignement. (Technicisme, déshumanisation, …)

Pas à pas, le rapport entre pédagogie et technologie a pris une nouvelle tournure. Il est devenu plus riche, pédagogie et technologie venant se questionner l’une l’autre. Je m’explique par un exemple :

Le fait de placer un « Forum » sur la plateforme de formation, rien de plus simple, cela prend quelques secondes. Oui, mais…

Ce moyen de communication en ligne, donc accessible à des personnes disséminées sur la planète, peut considérablement enrichir les échanges entre les apprenants et le formateur, entre les apprenants eux-mêmes. Le lieu est sécurisé, seules les personnes inscrites peuvent participer. Il est modéré par le formateur ou l’enseignant.

Si la consigne donnée est claire, alors le forum devient un espace de travail, de réflexion, d’échanges.

Au formateur, à l’issue de l’activité, de rédiger une synthèse des apprentissages réalisés.

On pourrait vite retomber dans un éternel débat un peu vain entre technophiles et technophobes. Et si on prenait une posture de « technodistant » en se posant calmement et sereinement les questions ?

Je pense à un article de Michel Serres (1)

« Oubliez donc, un moment, les programmes et travaillez sur les canaux : les contenus, puis les méthodes pour les diffuser vous viendront par surcroît ; et vous vous étonnerez d’avoir trouvé les solutions sans les chercher. Si l’on ne comprend pas, de plus, que les collectifs d’apprentissage dépendent encore des canaux. Par oral, le vieillard expérimenté transmet son savoir à un tout autre collectif, tout autrement rassemblé, que celui qui apprend dans et par les tablettes ou les livres ; et la classe elle-même change dès lors qu’un canal à double sens fait circuler le message. Les relations des apprenants à ceux qui les enseignent, leur attitude même, se transforment de fond en comble. Oubliez donc un moment la forme des groupes et des institutions ; une autre idée de la distribution et du contrôle vous viendra, où les offres de savoir, loin de les précéder, loin surtout de s’imposer, suivent les demandes d’enseignement et s’y adaptent. Émerge, alors, un intérêt nouveau pour l’apprentissage de la part des acteurs, une réciprocité souple entre la demande et l’offre, d’où s’ensuivra, je l’espère, un lien social renouvelé. »

En travaillant sur les canaux, comme nous y invite Michel Serres, nous devrions trouver les réponses en nous appuyant sur notre pratique quotidienne, sur les apports des chercheurs et sur le bon sens.

Tout cela sans faire de mauvais procès aux enseignants et formateurs qui « rechigneraient » à se « mettre au digital » !

(1) Cet article ouvre le hors-série du Monde de l’Éducation, « Apprendre à Distance », sorti en septembre 1998, sous la direction de Michel Serres et Michel Authier.

Jacques Cartier

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Bonjour Jacques !

– Bonjour à toi.

– Tu as commencé ta carrière comme instituteur dans une classe unique ? On dit aussi une classe à tous les cours ?

– Oui, c’est cela. J’avais des enfants de la maternelle au cours moyen 2ème année dans la même pièce. Au milieu trônait un gros poêle à bois.

– Mais alors, cela signifie que tu avais de multiples cours à préparer en fonction des âges et des niveaux ?

– En effet et je t’avoue que les premiers mois ont été assez compliqués, car le travail était considérable. J’allais tous les quinze jours à mes frais (en 2 cv !) au CRDP (Centre Régional de Documentation Pédagogique) distant de soixante kilomètres pour trouver des ouvrages, des documents images, son, … pour agrémenter mes cours.

– Et pour les petits, tu avais une personne assistante ?

– Non pas du tout. Je ne disposais même pas de lits pour la sieste. Les maternelles dormaient sur leurs tables.

– Cette situation ne t’a pas dépité ?

– En fait, je pense que cette expérience m’a donné une approche de la pédagogie basée sur l’apprentissage en atelier. La salle de classe est modulable en fonction des activités. On ne fait pas toujours la même chose que son voisin. On se déplace librement dans l’espace classe pour aller chercher ce dont on a besoin pour travailler.

J’ai été influencé par le mouvement de l’Ecole Moderne (Pédagogie Freinet), car j’avais fait un stage de trois semaines chez un instituteur qui pratiquait cette pédagogie. J’ai alors adhéré à ce mouvement.

– Oui, mais en 1972, ce n’était pas trop bien vu ?

– C’est le moins que l’on puisse dire. Nous étions quatre dans notre Ecole Normale à nous intéresser à ce mouvement pédagogique. Nous n’étions pas très bien côtés et pas bien notés non plus par nos enseignants !

– Dans la suite de ta carrière, tu as pu continuer à travailler dans cet esprit ?

– Oui, car j’ai fait le choix de devenir ensuite professeur d’éducation manuelle et technique en collège. (Menuiserie, cuisine, couture, modélisme, …). Cette discipline m’a permis de travailler dans un atelier et de lier activités intellectuelles et manuelles en pratiquant une pédagogie active.

– Et aujourd’hui comme spécialiste en formation digitale, travailles-tu encore dans cet esprit ?

– Oui, car la formation en ligne se marie bien avec la pédagogie active. Mettre l’apprenant au centre du dispositif n’est pas une expression creuse. Le fait d’engager les personnes dans leur formation, de les mettre en situation de production de contenus seules ou en groupes produit des apprentissages motivants et solides.

Ce passé influence aussi beaucoup ma façon de percevoir mon rôle de tuteur et de mentor. »

Jacques Cartier

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Bureautique, pas si simple !

Quand je parle à la pose avec mes collègues, tous (filles et garçons) utilisent le traitement de texte et le diaporama dans leur pratique de formateur occasionnel.

Quand on évoque avec notre formateur le temps que l’on passe à fabriquer nos documents (chronophage !) lors de la conception de notre formation, il nous donne une info qui nous scotche !

En quelques minutes, il nous montre que le traitement de texte et le diaporama comportent des automatismes qui améliorent considérablement la rapidité avec laquelle il est possible de réaliser un document un peu sophistiqué. Il parle des styles pour le traitement de texte Word et du masque pour le diaporama PowerPoint.

Remarque en passant : il évoque aussi le logiciel libre « LibreOffice » que peu d’entre nous connaissent.

Il nous donne un lien vers une vidéo d’explication qu’il a réalisée sur la notion de style dans Word :

Cliquer sur l’image pour lancer la vidéo.

▪ Lien : https://youtu.be/Rndjd6sFhQU

C’est un peu déroutant tellement cela semble simple à mettre en place. Jacques nous dit que cet apprentissage s’est rarement réalisé, car on est passé de la machine à écrire au traitement de texte sans faire le pas du numérique.

Il nous dit que sa mère était secrétaire. Un jour, on lui a déposé un ordinateur sur son bureau et on lui a enlevé sa machine à écrire.

Elle a tapé ses nouveaux documents directement sur son clavier sans passer par la case formation aux spécificités d’un document électronique.

Une vidéo circule sur la Toile à ce propos : https://youtu.be/BNy0yQlmFtc

Pour le diaporama, tous mes collègues modifient leurs diapos une par une. Par exemple, il faut changer de police de caractères. Et de sélectionner les zones une par une à la souris, et j’en loupe et je galère !

Jacques nous montre l’utilisation du « Masque des diapositives » qui permet (comme les styles de Word) de changer instantanément l’apparence des diapositives.

Il en parle dans une vidéo dont il nous a donné le lien pour la visionner tranquillement à la maison :

Cliquer sur l’image pour visionner la vidéo

▪ Lien : https://youtu.be/CJ2w6oycxTM

J’enrage un peu d’avoir passé des heures à bricoler mes documents alors que quelques clics suffisent pour les modifier !

Tiens, mes gosses ont souvent des diaporamas à faire dans leur activité professionnelle. Je vais leur en boucher un coin !

Papa, génie de la bureautique !

Jacques Cartier

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Classe virtuelle, un joujou ?

Avant le prochain regroupement en présence, la formation se continue à distance. C’est une modalité que je vais découvrir. Nous avons une consigne de travail à réaliser durant cette période. Notre production individuelle sera déposée sur la plateforme une semaine avant le regroupement en salle. Durant cette période distante, notre formateur est à notre disposition pour nous accompagner par téléphone et/ou en classe virtuelle.

Nous avons fait un test de cet outil en salle. Ça a l’air assez facile à utiliser. Un peu comme Skype. Il me tarde de voir comment le formateur s’y prend pour animer une réunion en ligne !

Mon employeur me donne deux heures par semaine sur mon temps de travail pour participer à cette tâche. J’apprécie ce geste car, si faire de la formation à distance c’est prendre en totalité sur son temps libre, ça va rechigner dans les rangs.

J’ai quand même perçu que certains collègues pensent dur comme fer que la formation ça se fait en présence. Ces outils en ligne vont tuer la communication…

Je ne partage pas cet avis aussi tranché. Je suis en attente de voir comment tout cela va s’organiser. J’ai un apriori favorable. Suis-je addict au digital sans le savoir ?

Avec les autres participants, on se téléphone, on se fait un Zoom pour s’épauler. On ne le dit pas à notre formateur ! J’ai l’impression qu’il n’est pas dupe et que ces relations font partie de ses objectifs cachés. Il ne dit pas tout le bougre !

Je bosse au boulot et à la maison. C’est sympa de se mettre sur ma terrasse en Wifi et de chercher des documents sur la Toile. Je collationne un ensemble de textes, de liens pour préparer ma synthèse que je déposerai en fin de semaine sur la plateforme.

J’ai envoyé un courriel à Jacques pour éclaircir un point particulier de la consigne. Il a été très réactif et super clair dans sa réponse. Je me dis qu’il faut qu’il soit super dispo pour assurer un tel suivi. Est-il rétribué pour faire ce job ?

Notre formateur prévoit une réunion en ligne pour que nous affinions nos productions avant dépôt. Il nous a fait parvenir un sondage par courriel pour que nous donnions nos disponibilités.

Quinze minutes avant l’heure, je me connecte pour vérifier que tout fonctionne. Un menu à cliquer lance une analyse de ma connexion réseau et de mon matériel micro et webcam. Tout fonctionne !

Me voilà dans la classe virtuelle. Jérémie, Lucie et Jacques sont déjà là. Nous nous saluons en affichant nos webcams. Les autres arrivent cahin-caha et nous commençons pile à l’heure.

Nous évoquons les travaux en cours et Jacques nous donne des conseils sur la méthode, sur les aspects techniques pour le dépôt. Il encourage celles et ceux qui peinent un peu avec des mots positifs. Je me dis que le formateur en ligne doit faire preuve de diplomatie, de psychologie, … Ce n’est pas trop mon fort au quotidien. Il va falloir que je prenne sur moi.

La classe virtuelle se termine. Tout a bien fonctionné au niveau technique à part le micro de Lucien qui avait tendance à faire des crachouillis. Jacques nous indique qu’elle est enregistrée. Nous pourrons la réécouter à souhait ainsi que les personnes absentes, car indisponibles.

Jacques Cartier

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Photo par Mohamed Hassan formulaire PxHere : https://pxhere.com/fr/photo/1638940 – CC0

Une journée bien remplie…

Je viens de faire mon galop d’essai avec un groupe de jeunes qui bossent pendant les vacances dans mon entreprise. J’avais à leur présenter la boîte dans les grandes lignes sur deux heures.

J’ai passé un sacré temps à la maison pour préparer mon intervention. Mon organisme de formation m’avait fourni un diaporama que j’ai vite trouvé trop lourd et compliqué. Avec plein de schémas sur les aspects organisationnels de différentes branches de l’entreprise.

J’ai pris sur moi d’opérer un tri des diapositives, d’en mettre même certaines de côté. Risqué ?

J’ai essayé de me mettre à la place de ce jeune public que l’on me confiait. J’ai pas mal d’années de plus qu’eux. Je me sens un peu en décalage, question de génération X, Y, Z ?

J’ai eu un peu à faire le « gendarme » notamment pour gérer le temps de la pause-café. Si je n’étais pas intervenu comme le gardien du temps, je crois qu’on y serait encore … devant la machine à café !

Un ou deux m’ont un peu agacé avec leurs smartphones. A pianoter pour envoyer des sms, je suppose. Je vais devoir demander à mes futurs stagiaires de mettre leurs portables en vibreur et d’envoyer leurs messages pendant la pause…

Je m’aperçois vite que je dois donner la parole à telle ou telle personne, sinon il y plusieurs discussions qui s’engagent.

J’étais loin de penser que j’avais tout cela à gérer. Je m’étais focalisé sur les contenus à faire passer et je vois qu’il y a bien d’autres choses à dominer.

Heureusement que j’avais répété la projection de mon diaporama avec ma compagne. Elle m’a donné des conseils précieux :

  • Tu parles un peu vite ;
  • Attention aux « euh » ;
  • On ne t’entend pas bien ;
  • Tu tournes le dos au public et lis tes diapos ;
  • Tu bouges à des moments comme un zombie, c’est épuisant ;

C’est bien d’être conseillé par quelqu’un qui vous observe et vous conseille avec bienveillance. Est-ce que mes stagiaires auront cette ouverture ?

Surtout que je vais former des pairs. On se connaît, on est collègues. D’ici que certains me disent « Comment t’es arrivé à jouer le rôle de formateur ? ». Comment devrais-je prendre cela ? Comme de la curiosité, de l’agressivité, … ?

Un collègue formateur a connu ce genre de remarques. Au bout d’un certain temps, face à de telles insinuations, il disait que c’était une « promotion canapé ». Un peu risqué comme attitude !

Un de mes stagiaires me demande de partir plus tôt, car il a un rendez-vous important. J’accepte ?

Ce soir, après mon intervention devant ces jeunes saisonniers, j’ai un peu mal à la tête. Ils m’ont vidé !

Sales gosses !

Jacques Cartier

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Image en CC Paternité sur https://www.flickr.com/photos/ashleycampbellphotography/5655801249/

Formateur occasionnel d’adultes, pas toujours facile !

Je travaille dans une grande entreprise et mon chef de service me sollicite pour former des jeunes qui arrivent dans le métier. Il me dit que je connais bien le boulot et que je saurai faire passer le message à ce nouveau public.

Moi, je ne suis pas très à l’aise pour accepter cette proposition. Déjà, j’ai un peu de mal à parler devant un public. J’ai le trac, ma voix s’étouffe, j’ai vite la bouche sèche et la boule au ventre. Il faut que je demande à mon chef si une formation spécifique me sera donnée pour assurer cette tâche.

Il me dit que je n’ai pas de souci à me faire, car les contenus sont déjà prêts. C’est le service formation qui les a écrits. J’ai commencé à les consulter. Certes, la plupart me semblent bien faits, mais d’autres sont un peu compliqués, confus. Il va falloir que j’adapte ces derniers sinon mon public ne va rien comprendre.

Oui, mais comment je vais faire ? On m’a fourni un ordinateur portable et je dois faire des « PowerPoint ». Je ne suis pas un cador en informatique et n’ai jamais fait de diaporama. Heureusement, un copain qui bosse dans le commerce m’a dit qu’il me donnerait les rudiments pour m’y mettre.

Et puis, j’ose à peine le dire, mais je ne suis pas un crack de l’orthographe. C’était ma bête noire à l’école. Heureusement ma compagne, elle, écrit avec facilité et sans fautes. Elle va corriger mes écrits… Oui, mais j’aurai aussi à écrire sur un tableau blanc devant mes stagiaires !

Dès que je construis une diapositive, je me pose plein de questions. Quoi dire en priorité, comment organiser mes contenus ? Est-ce que je suis bien logique dans ce que j’écris ? Les personnes vont-elles comprendre facilement ce que je projetterai ? Et puis, je ne vais pas projeter des diapos pendant deux jours ! Je fais quoi le reste du temps ?

Bref, aujourd’hui, je flippe !

Jacques Cartier

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