Enseignant de la maternelle à l’université – 3

Publié: 16 septembre 2026 dans De la maternelle à l'université, Formation, Réflexions
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Peut-être les plus belles années de mon enseignement

Après mon expérience d’instituteur spécialisé en 5e de transition, une nouvelle étape va profondément marquer mon parcours d’enseignant : l’éducation manuelle et technique, l’EMT, au collège.

Je vais y découvrir un enseignement qui me correspond particulièrement.

Apprendre pour pouvoir transmettre

Pour commencer, plusieurs stages de formation vont me permettre d’acquérir de nouvelles compétences. Ces stages sont aussi l’occasion de faire de belles rencontres et de nombreux apprentissages. J’y découvre notamment la menuiserie.

Je vais apprendre à travailler le bois, à utiliser les outils, à concevoir et réaliser des objets. Mais, au-delà des techniques elles-mêmes, ces formations vont surtout me donner envie de transmettre autrement. Très rapidement, je fais le lien avec ce que j’avais découvert quelques années auparavant : la pédagogie Freinet.

Je retrouve dans l’EMT une liberté pédagogique qui me convient particulièrement.

  • Je peux inventer mes cours ;
  • Je peux imaginer les objets que les élèves vont fabriquer ;
  • Je peux expérimenter, modifier, recommencer ;
  • Et surtout, je peux donner une place centrale aux élèves : celle de produire eux-mêmes.

Faire de beaux objets

Je tiens beaucoup à ce que les élèves ne se contentent pas de fabriquer quelque chose. Je veux qu’ils fabriquent de beaux objets. Du bois massif, de vrais matériaux, des réalisations dont ils puissent être fiers. Le travail manuel n’est pas, pour moi, une activité secondaire destinée simplement à occuper les élèves. Il permet d’apprendre autrement.

Il faut comprendre un plan, mesurer, tracer, choisir un outil, réaliser un assemblage, corriger une erreur. Et lorsque l’objet est terminé, l’élève peut le regarder et se dire : « C’est moi qui l’ai fait. »

Cette satisfaction est aussi une forme d’apprentissage.

Une véritable ambiance d’atelier

La salle d’EMT ressemble davantage à un atelier qu’à une salle de classe traditionnelle.

Les élèves bougent. Ils passent de leur établi à l’armoire à outils, observent le travail d’un camarade, reviennent sur leur propre réalisation. Cette liberté de mouvement n’est évidemment possible que si elle s’accompagne de règles. Chaque élève doit apprendre à gérer son établi et ses outils. Il faut savoir utiliser correctement le matériel, mais aussi en prendre soin. Et il y a des choses qui peuvent paraître très simples mais qui sont essentielles dans la vie d’un atelier : ranger, nettoyer, remettre les outils à leur place.

La liberté n’est donc pas l’absence de contraintes. Elle implique au contraire de la responsabilité. Chacun est responsable de son espace de travail, de son matériel et de ce qu’il produit.

Des planeurs en balsa… jusqu’au moteur de mobylette

L’EMT permettait aussi d’aller beaucoup plus loin que le simple travail du bois.

Avec les élèves, je pouvais aborder le modélisme. Nous fabriquions notamment des planeurs en balsa. Il fallait concevoir, découper, assembler, poncer, ajuster. Mais surtout, il fallait ensuite vérifier si le planeur volait !

Un objet correctement fabriqué sur le plan esthétique pouvait très bien être un mauvais planeur. Il fallait donc observer, comprendre, modifier, recommencer. Là encore, l’élève était confronté à quelque chose de très concret : la réalité ne triche pas.

Et puis nous pouvions aborder la mécanique.

J’ai notamment fait travailler les élèves sur l’entretien d’un moteur de mobylette. Démonter, comprendre le fonctionnement, remonter, effectuer les réglages…

Et surtout, ne pas s’arrêter à la théorie. Les réglages pouvaient être testés réellement sur le moteur. Le résultat était immédiatement observable. Le moteur fonctionnait correctement… ou ne fonctionnait pas ! Il fallait alors chercher pourquoi.

C’était une formidable école du raisonnement : observer, émettre une hypothèse, intervenir, tester et éventuellement recommencer.

Et puis, il y avait la cuisine !

L’EMT ne se limitait pas au travail du bois, au modélisme ou à la mécanique.

J’ai également enseigné la cuisine. Et, au départ, je n’étais pas particulièrement satisfait de cette partie de l’enseignement. Faire de la pâtisserie et faire consommer du sucre aux élèves ne me paraissait pas forcément constituer la meilleure manière de leur apprendre à se nourrir !

Plutôt que de me contenter de cette situation, j’ai décidé de me former. J’ai donc suivi, à mes frais, une formation auprès d’un médecin nutritionniste.

L’objectif était d’apprendre à équilibrer un repas. La formation était très concrète. Nous, les stagiaires, cuisinions ensemble. Puis nous mangions ce que nous avions préparé.

Après le repas, le médecin reprenait avec nous les différents plats et analysait leur composition : les aliments utilisés, leurs apports et l’équilibre général du repas. C’était une manière très pratique d’apprendre.

Et cette formation m’a permis de réfléchir différemment à l’enseignement de la cuisine.

Nous avons notamment travaillé sur des recettes intégrant des aliments qui n’étaient pas forcément très courants dans les cuisines familiales de l’époque : pois chiches, haricots rouges, maïs… L’idée était de découvrir d’autres aliments, d’autres associations et d’apprendre à construire un repas équilibré.

Je pouvais ensuite faire vivre ces découvertes avec mes élèves. La cuisine devenait ainsi bien davantage qu’une activité consistant à préparer des gâteaux. Elle devenait un support pour apprendre, expérimenter et réfléchir à notre alimentation.

Apprendre en faisant

Avec le bois comme avec la cuisine, le modélisme ou la mécanique, je retrouve finalement les principes qui m’avaient attiré vers la pédagogie Freinet quelques années auparavant.

Apprendre en faisant.

  • Donner aux élèves une place active ;
  • Leur permettre d’expérimenter ;
  • Accepter l’erreur comme une étape de l’apprentissage ;
  • Les amener à devenir progressivement autonomes ;
  • Et surtout, leur permettre de constater concrètement le résultat de leur travail.

Je crois aussi que cette pédagogie change profondément la relation entre l’enseignant et les élèves. Je ne suis plus seulement celui qui sait et qui transmet. Je suis aussi celui qui prépare les situations, accompagne, conseille, aide à résoudre les problèmes et laisse les élèves chercher leurs propres solutions.

Avec l’EMT, j’ai trouvé un espace où je pouvais véritablement inventer mon enseignement. Et cette liberté était précieuse.

Peut-être les plus belles années…

Avec le recul, je pense que les années passées à enseigner l’éducation manuelle et technique au collège ont été peut-être les plus belles années de mon enseignement.

  • Parce que je pouvais enseigner autrement ;
  • Parce que je pouvais faire confiance aux élèves ;
  • Parce que je pouvais leur faire découvrir le plaisir de fabriquer quelque chose de leurs mains ;
  • Parce que je pouvais leur montrer qu’une erreur n’est pas nécessairement un échec, mais souvent le début d’une recherche ;
  • Parce que je pouvais moi-même continuer à apprendre ;
  • Et parce que, finalement, je retrouvais dans ma classe les principes qui m’avaient attiré vers Freinet lorsque j’étais encore élève-maître à l’École normale.

Mais l’Éducation nationale allait une nouvelle fois faire évoluer mon métier. L’éducation manuelle et technique allait progressivement laisser place à la technologie. Et avec cette nouvelle discipline allait arriver un bouleversement que je n’imaginais pas encore : l’informatique allait entrer dans ma classe.

Programmation, ordinateurs, nouvelles façons de travailler… Une nouvelle aventure pédagogique allait commencer.

Jacques Cartier

Enseignant honoraire à l’université de Franche-Comté

Mon blog : https://espace-formation.blog

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