
Du collège au rectorat : l’informatique change d’échelle
En 1993, une nouvelle étape avait déjà été franchie. Après plusieurs années consacrées à l’enseignement de la technologie et au développement des usages de l’informatique dans un collège, une partie de l’activité s’était déplacée vers la formation des enseignants.
En 1996, une nouvelle évolution intervient.
Le rectorat de mon académie crée un service d’assistance informatique destiné aux établissements scolaires, collèges et lycées. (RAIP : Relais d’Assistance Informatique de Proximité)
Je postule pour intégrer ce nouveau service et suis retenu. Le changement d’échelle est considérable.
Une double mission : technique et pédagogique
La mission confiée au RAIP comporte deux dimensions complémentaires.
La première est technique.
Il faut mettre en place et maintenir les réseaux informatiques des collèges et des lycées, installer les logiciels nationaux destinés à la gestion des établissements et intervenir lorsque les utilisateurs rencontrent des difficultés.
Mais la technique ne suffit pas.
Une deuxième dimension, tout aussi importante, est pédagogique : il faut former les personnels à l’utilisation des réseaux et des logiciels.
Cette double responsabilité me convient particulièrement.
Après avoir enseigné aux élèves, puis accompagné des enseignants dans la découverte de l’informatique, il s’agit désormais de permettre à des personnels d’établissements entiers de s’approprier de nouveaux outils.
Au début, l’assistance se fait sur le terrain
Les premières années, l’essentiel du travail se réalise dans les établissements.
Il faut se déplacer, installer, configurer, expliquer, résoudre les problèmes et former les utilisateurs.
Le téléphone devient également un outil important de suivi et de dépannage.
Un problème apparaît dans un collège ou un lycée : il faut comprendre ce qui se passe, guider l’utilisateur et, lorsque cela est nécessaire, intervenir sur place.
Cette organisation fonctionne, mais elle présente naturellement ses limites.
Les établissements sont nombreux, les déplacements prennent du temps et certaines demandes pourraient être traitées sans intervention physique.
L’arrivée d’une plate-forme d’assistance
Une plate-forme d’assistance est alors progressivement mise en place.
Elle va changer sensiblement les modalités de travail. Une partie des demandes peut désormais être traitée à distance. Les déplacements diminuent de manière importante.
Mais surtout, les demandes des utilisateurs peuvent être mieux identifiées et suivies plus finement.
L’assistance informatique commence ainsi à prendre une forme qui nous paraît aujourd’hui familière, mais qui constitue alors une évolution importante des pratiques.
Le support à distance devient progressivement une réalité. Cette expérience va nourrir une autre réflexion.
Peut-on aussi former à distance ?
Si une partie de l’assistance technique peut être réalisée à distance, pourquoi ne pas envisager également de mettre une partie de la formation à distance ? L’idée paraît pertinente.
Les formations présentielles restent nécessaires, mais certaines étapes peuvent être préparées en amont.
Une première expérience est alors mise en place. Avant de venir en formation, une fiche de diagnostic est adressée aux futurs stagiaires. Elle permet de mieux connaître leur niveau, leurs pratiques et leurs besoins.
La formation peut ainsi être préparée en fonction du public réellement attendu, plutôt que de partir d’un programme identique pour tous.
Partir des besoins réels
Cette démarche prend encore davantage de sens lorsqu’il s’agit des outils bureautiques.
Plutôt que de proposer uniquement des exercices génériques, les participants peuvent faire parvenir leurs propres besoins.
Mieux encore, ils peuvent transmettre en amont de la formation les fichiers sur lesquels ils rencontrent des difficultés.
La formation peut alors partir de situations réelles :
- Un document qui pose problème ;
- Une mise en page difficile ;
- Un tableau à construire ;
- Une fonctionnalité dont l’utilisation reste incertaine.
Le problème rencontré par le stagiaire devient ainsi un support d’apprentissage.
Cette manière de procéder rejoint finalement une idée déjà présente depuis longtemps dans ma pratique pédagogique : partir du réel pour construire les apprentissages.
Une continuité avec le tâtonnement expérimental
Avec le recul, la continuité avec les années précédentes apparaît assez clairement.
En EMT, l’élève apprenait en fabriquant. Avec la programmation, il apprenait en expérimentant. Au RAIP, le stagiaire pouvait partir de ses propres difficultés pour chercher une solution.
Dans tous ces cas, le savoir n’est pas simplement transmis de manière descendante.
Il se construit à partir d’une situation, d’un problème ou d’un besoin.
Le tâtonnement expérimental change une nouvelle fois de terrain.
Il ne concerne plus seulement l’élève devant son établi ou son ordinateur.
Il concerne désormais l’adulte en situation professionnelle.
De l’assistance à la formation à distance
Entre 1996 et 2001, le RAIP constitue ainsi une étape importante de cette évolution.
L’informatique n’est plus seulement un outil d’enseignement.
Elle devient également un outil d’assistance, de communication et de formation.
Les premières expériences d’accompagnement à distance ouvrent progressivement de nouvelles possibilités.
Elles annoncent ce qui va suivre : la montée en puissance d’Internet, les dispositifs de formation à distance et, plus largement, le développement du numérique éducatif.
À ce moment-là, ces évolutions restent encore largement à construire.
Mais une conviction commence à se préciser : la distance ne doit pas nécessairement éloigner l’apprenant de la formation.
Elle peut, au contraire, permettre de mieux préparer les apprentissages, de partir des besoins de chacun et d’apporter une réponse plus personnalisée.
Une nouvelle étape de mon parcours va bientôt commencer.
Elle conduira plus loin encore vers la formation à distance, l’ingénierie pédagogique et l’enseignement supérieur.
Mais ceci est une autre histoire…
Jacques Cartier
Enseignant honoraire à l’Université de Franche-Comté
Blog : https://espace-formation.blog
Utilisation de l’IA comme aide à l’écriture
