Archives de la catégorie ‘Lectures’

De bons conseils

Publié: 13 février 2009 dans Lectures
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Philippe Meirieu s’adresse aux jeunes enseignant(e)s qui débutent dans le métier.

Les meilleures compétences ont besoin d’un projet fort pour pouvoir être mises en application.

Certes, en début de carrière, on se focalise sur sa préparation de cours. On veille à peaufiner les choses. Mais n’est-il pas utile dès le début d’ajouter le projet à cet ensemble ?

« Car, tout étant supposé clarifié, tant dans les contenus à enseigner que dans les multiples tâches imposées par l’institution, vous savez bien – même si vous n’osez pas toujours l’avouer – qu’il y a « un reste ». Une dimension cachée, à la fois très personnelle et très universelle, qui touche au cœur même du « projet d’enseigner ». Une sorte de vibration particulière dont les professeurs sont porteurs et qui n’est plus réductible à la liste des compétences nécessaires pour enseigner que le son du violon n’est déductible de sa conception technique. Certes, il vaut mieux que le violon soit bien conçu et, à tout prendre, si l’on en a les moyens, jouer sur un Stradivarius. Mais un excellent violon, sans le talent du violoniste et l’attention des auditeurs n’est rien d’autre qu’un bel objet de décoration. Tout comme une liste de compétences qui n’est pas habitée par un projet. » (p. 9)

Meirieu, P, (2005), Lettre à un jeune professeur, Issy-les-Moulineaux : ESF éditeur.

Il en va de même dans un dispositif de foad. On peut disposer des outils les plus sophistiqués, des animations dernier cri, le « reste » c’est la touche relationnelle du formateur. Ses qualités humaines, son « projet » sont essentielles à la bonne marche de la formation et à la qualité des apprentissages.

La notion de dispositif

Publié: 7 janvier 2009 dans Lectures
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Le terme « dispositif » est très souvent employé pour évoquer le montage d’une formation dans son ensemble. Le terme est appliqué autant à des aspects techniques, instrumentaux qu’à des aspects humains.

Monique Linard (1) voit deux paradigmes :

« Les définitions du dispositif oscillent entre deux paradigmes  : le paradigme rationnel objectif, centré sur les objets, et l’expérientiel subjectif, centré sur les acteurs de l’action. Le modèle objectif convient aux cas restreints de la résolution de problèmes et de la production industrielle. Mais il ignore les conditions pragmatiques et sociales qu’implique l’usage efficace des TIC par leurs utilisateurs. Le modèle expérientiel, constructiviste interactionniste est mieux adapté à l’action et à l’interaction des acteurs. Mais il est moins facile à appliquer et doit être étendu pour répondre aux problèmes d’autonomie soulevés par la pratique des TIC. On aborde les enjeux des deux paradigmes, leur dépassement nécessaire et ses incidences sur la conception et la pratique des dispositifs en formation. »

La difficulté réside dans le fait de gérer ces deux paradigmes, notamment la place de l’apprenant qui se trouve confronté à des difficultés de trois types :

  • l’apprentissage des contenus de connaissance et des tâches ;
  • la navigation dans l’espace de formation dédié ;
  • la conduite de son apprentissage.

Vous pouvez télécharger l’article de Monique Linard sur le site Edutice.

(1) Monique Linard, Conception de dispositifs et changement de paradigme en formation, 2002
Archives Edutice :
http://edutice.archives-ouvertes.fr/edutice-00000275/fr/

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Nathalie Deschryver a soutenu sa thèse intitulée « Interaction sociale et expérience d’apprentissage en formation hybride » le 8 septembre 2008. Elle a déposé son travail sur Archive Eductice à l’adresse suivante : http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00338100/fr/.

 

Elle étudie notamment dans sa recherche la place que tient l’usage de l’environnement techno pédagogique dans l’expérience d’apprentissage des étudiants et les interactions sociales.

 

 

« L’usage effectif qu’ont les acteurs de l’environnement est central. On peut parler d’expérience d’usage qui va être influencée par certaines caractéristiques des acteurs (degré de maîtrise, degré d’usage, besoins, etc.), du dispositif de formation (préparation technique, accompagnement) et de l’environnement technologique (adéquation des médias aux besoins communicationnels). L’expérience d’usage représente à la fois les usages développés et la perception des acteurs quant à l’adéquation par rapport à leurs besoins. » – page 92

 

Si l’apprenant est actif, interagit avec ses pairs et l’enseignant, s’empare de l’outil pour communiquer, télécharger et déposer des documents, l’expérience d »apprentissage devrait se réaliser en profondeur. L’outil, dans ce cas, est une aide précieuse. On observe souvent que, dans le cas où l’environnement d’apprentissage ne convient pas, les apprenants trouvent des substituts sur l’internet, pour communiquer entre eux par exemple. Nathalie Deschryver évoque la notion d’affordance :

« Cela renvoie à la notion d’affordance qui définit la relation entre les caractéristiques des outils et celles des usagers qui les utilisent (Norman, 1988). Dans le domaine de l’apprentissage, on parlera d’affordances pédagogiques (Kirschner, 2002, cité par Jermann, 2004) pour désigner les caractéristiques d’un artefact déterminant si et comment une expérience d’apprentissage spécifique peut avoir lieu dans un contexte donné comme par exemple un travail de groupe. » – page 92

 

L’auteur de cette thèse évoque également la théorie de la richesse des médias (Media richness theory) qui « s’intéresse à la capacité des technologies à diffuser un message sans ambiguïté ». Le formateur à distance sait toute l’importance à accorder à la rédaction d’une consigne de travail. Il n’a pas le retour immédiat des apprenants (cas d’une formation en présence). Il peut alors utiliser un média « riche » (texte, image, son, vidéo) qui évitera la diffusion d’un message équivoque. Un média « pauvre » sera utilisé pour envoyer des informations non ambiguës par exemple (date de réunion, fichier à télécharger, …). – page 93

 

Le travail de Nathalie Deschryver se situe dans un contexte de formation hybride et s’adresse à un public large : praticiens, concepteurs, enseignants, praticiens-chercheurs. Peut-être le livre de chevet de vos vacances de Noël !

 

Bonnes fêtes !

 

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Photo Jacques Cartier 

Nous avons évoqué dans le précédent billet un ouvrage d’ Alain Chaptal (1). Dans sa conclusion l’auteur se demande si « le temps des technologies éducatives est, donc peut-être, enfin venu. »

L’auteur voit dans l’apparition des technologies actuelles une différence fondamentale par rapport aux technologies plus anciennes : elles sont ancrées dans la société au quotidien et participent à la création de richesses. A l’inverse des technologies plus anciennes qui étaient plus complexes d’emploi, un peu comme des artefacts immatures et incomplets pour s’insérer dans le quotidien de l’enseignant. Comme si les plaques de verre, le multimédia (film, télévision, machines à enseigner, vidéo, micro-informatique des années quatre-vingt) étaient venus trop tôt dans le champ de l’éducation.

Et l’auteur de rappeler, à la fin de son ouvrage de recherche, l’importance particulière d’une activité de service destinée à accompagner les enseignants dans la mise en oeuvre de ces technologies, activité qui apparaît comme seule à même de favoriser et d’accélérer les changements attendus.

« Il est clair, cependant, que sans une volonté déterminée et organisée, sans une approche de service privilégiant l’assistance et l’accompagnement des enseignants, les efforts seront voués, comme par le passé, à l’échec. C’est en cela qu’il est, plus que jamais, d’actualité de réaffirmer la nécessité d’une ingénierie éducative pour faciliter l’usage de ces technologies et assurer leur véritable intégration. » – page 360

(1) L’efficacité des technologies éducatives dans l’enseignement scolaire – Analyse critique des approches française et américaine » – L’Harmattan, 2003

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Alain Chaptal dans son ouvrage « L’efficacité des technologies éducatives dans l’enseignement scolaireAnalyse critique des approches française et américaine » (1) questionne le rapport de l’école et du savoir :

« Les distinctions qui avaient cours antérieurement entre savoir-savant et savoir-scolaire ne tiennent plus. Il y manque le point essentiel : la refondation du rapport entre l’école et le savoir. Ce qu’ont en commun ces supports et ces technologies, que leur accès se fasse en ligne ou en local, c’est, non pas de faire déboucher l’école sur une vision encyclopédique, c’est-à-dire finie, mais, au contraire, sur le fait que l’offre potentiellement immense, même si le mensonge y côtoie la vérité ou le futile l’essentiel, fait apparaître que le savoir scolaire est inconstruit. Du point de vue épistémologique, il s’agit de quelque chose d’important : le savoir apparaît, hors de tout débat disciplinaire ou pluridisciplinaire, comme une sorte de continuum à construire… » – Page 272

Le savoir est ainsi requestionné par les technologies éducatives. Il est ainsi « refondé ». Il perd son caractère figé pour se mettre en devenir. Au formateur de savoir écrire les notes de cette nouvelle partition.

(1) L’Harmattan, 2003

Praticien réflexif

Publié: 26 novembre 2008 dans Lectures
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Dans « RECHERCHE ET FORMATION« , sous-titre : N° 36 – « Le praticien réflexif. La diffusion d’un modèle de formation« , Yves Saint-Arnaud a écrit un article intitulé : « La réflexion-dans-l’action : un changement de paradigme« . (2001)

L’auteur évoque deux paradigmes selon lesquels l’acteur peut agir : le paradigme de l’expertise ou celui de l’incertitude.

« L’acteur qui agit selon le paradigme de l’expertise s’appuie sur le savoir homologué (théories, concepts, modèles, grilles d’analyse, etc.) pour expliquer ce qui se passe dans une interaction et planifier son action (Facteur G). Le cas échéant, il attribue l’inefficacité de son dialogue à une mauvaise application du savoir homologué et à des facteurs qui échappent à son contrôle : manque personnel d’habileté ou d’expérience dans l’application du savoir homologué, résistances ou limites de l’interlocuteur, contraintes de la situation, etc. Lorsque les indices d’inefficacité apparaissent, pendant le dialogue, il cherche à modifier son action en fonction des prescriptions du savoir homologué.

L’acteur qui agit selon le paradigme de l’incertitude s’appuie sur ce qu’il y a d’unique et d’incertain dans chaque interaction (Facteur P) pour s’autoréguler dans l’action. Le cas échéant, il attribue l’inefficacité de son dialogue aux limites inhérentes au savoir homologué et à des facteurs qui relèvent de son contrôle personnel : refus de l’incertitude, utilisation répétée de moyens qui s’avèrent inefficaces, maintien de visées irréalistes, incapacité d’accepter la frustration d’un besoin personnel. Lorsque les indices d’inefficacité apparaissent, pendant le dialogue, il identifie et corrige ses propres erreurs par une autorégulation créatrice. »

Lorsque le formateur est amené à analyser sa pratique, à adopter une attitude de praticien réflexif, il choisit l’un ou l’autre de ces deux paradigmes. L’un est figé, l’autre est ouvert. Comment passer du premier au second ?

Facteur G pour général, facteur P pour particulier
> Pour se procurer le document : http://www.inrp.fr/publications/catalogue/web/Notice.php?not_id=RR+036

Accompagner

Publié: 10 novembre 2008 dans Lectures
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Tutorer une formation c’est l’accompagner. Ce verbe « accompagner » est bien décrit par Mireille Cifali et Alain André dans leur ouvrage « Ecrire l’expérience – Vers la reconnaissance des pratiques professionnelles« . (Puf – 2007)

« En quoi consiste cet accompagnement ? Dans une relation professionnelle, accompagner se spécifie par rapport à d’autres termes : contraindre, prendre en charge ou transmettre, notamment.
Accompagner serait aller avec, être à côté de, donner une place à l’autre, partir de l’autre et pas de soi. « Aller avec » évoque un professionnel qui se déporte vers le chemin de l’autre et pas de soi. Il est là, présent, permettant qu’un autre traverse l’épreuve, le moment, l’évènement. L’autre pourrait ainsi « compter sur » l’accompagnateur mettant à son service le savoir qu’il possède. Accompagner signifierait que l’on a intégré le fait que l’on ne peut pas agir et décider à la place de quelqu’un : que, sur certains registres de la vie, on ne peut contraindre, qu’il faut « aller avec », dans le mouvement imprimé par un autre. On propose, on accueille, on suggère, on renonce à l’injonction. Avec accompagner, on s’éloignerait, aussi, de la prise de pouvoir sur autrui. »
Pages 44 et 45

Ce paragraphe est un beau morceau choisi pour qui a la tâche de tutorer une formation entièrement à distance par exemple. Le questionnement engendré par la lecture de ce texte peut modifier la pédagogie du formateur sur le fond et sur la forme.

Certes, l’apprenant est un agent du dispositif, mais il en est aussi le sujet. Le formateur ne travaille pas sur une « poiésis » (fabrication d’objets), son action vise l’humain :

« Toute pratique renvoie à une activité exercée en vue d’obtenir un résultat, mais ici il s’agit d’une activité visant un autre humain. Les métiers concernés s’inscrivent dans des histoires sociales, voire familiales et personnelles, qui interdisent de les réduire à de purs savoirs et modes opératoires abstraits. Ils ont pour spécificité de s’adresser à des personnes en visant le développement de leur autonomie, qu’il s’agisse d’élèves, de « formés », de patients ou d’usagers… » – ouvrage cité page 82

Quelles compétences développer ?

Publié: 31 octobre 2008 dans Lectures
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Nous avons à plusieurs reprises échangé sur ce blogue avec Lucie Audet. Sa recherche actuelle porte sur le développement des compétences pour la formation à distance. Le mieux est de lui laisser la plume. (Jacques Cartier)

Le billet « Votre rôle demain ? » soulève la question centrale de la recherche que je fais présentement pour le Réseau d’enseignement francophone à distance du Canada (REFAD) sur le développement des compétences pour la formation à distance. Le réseau a lancé à ce sujet un appel à points de vue et témoignages, auquel je vous invite à participer en intervenant sur le blogue créé à cet effet (http://www.competencesfad.blogspot.com/).

Vos contributions peuvent porter, par exemple sur : 

  1. Le profil idéal. Quel est, selon vous, le profil idéal de compétences de l’étudiant(e), de l’enseignant(e) et du tuteur(trice) en formation à distance ?
  2. Les nouvelles compétences. Quelles sont les compétences qu’il faudrait particulièrement développer en formation à distance dans les années à venir ?
  3. Les moyens de développement. Quels sont les moyens les plus efficaces pour développer ces compétences ?  Sur ce dernier point, je m’intéresse particulièrement aux nouveaux moyens que vous utilisez pour développer vos compétences en FAD/FOAD et à vos « cas à succès », les initiatives qui ont clairement rehaussé les compétences nécessaires dans vos organisations et qui pourraient servir de modèles dans d’autres contextes. En attendant de vous lire, merci à Jacques Cartier pour ce blogue qui constitue en soi un outil de développement de nos compétences sur la formation ouverte et à distance.

Lucie Audet
Agente de recherche, Réseau d’enseignement francophone à distance du Canada (www.refad.ca)
Guide pour formateurs en FAD
http://www.refad.ca/nouveau/guide_formateurs_FAD/guide_formateurs_FAD.html 
Partenariats en FAD : http://refad.ca/nouveau/memoire_partenariat_FAD/memoire_partenariat_FAD.html
Recherche sur la persévérance en FAD
http://refad.ca/nouveau/recherche_perseverance_FAD/recherche_perseverance_FAD.html

Le praticien réflexif

Publié: 29 octobre 2008 dans Lectures
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Lorsque l’on se pose la question de la formation de formateurs appelés à introduire du distant dans leur pratique, on commence par lire des ouvrages qui traitent de cette question. Au fur à et mesure des lectures la question de la professionnalisation des acteurs émerge. N’est-ce pas là le centre du problème ?

Le nom de Donald Schön revient fréquemment dans les écrits. Son ouvrage « Le praticien réflexif » est cité dans nombre de documents.

Dans les archives de l’INRP (1) figure un numéro dédié à ce sujet intitulé « Le praticien réflexif – La diffusion d’un modèle de formation »  (N°36 – 2001).(2)

Dans ce numéro, Marie-Josée DUMOULINCéline GARANT et Hélène HENSLER (3) ont co-écrit le chapitre suivant : « La pratique réflexive, pour un cadre de référence partagé par les acteurs de la formation. » Page 29 à 42.

Les auteurs définissent ainsi les principaux attributs du concept de pratique réflexive en enseignement :

« Les principaux attributs du concept de pratique réflexive en enseignement tels qu’ils se dégagent de l’analyse d’une série de textes publiés en langue anglaise au cours des quinze dernières années peuvent se résumer comme suit :

la pratique réflexive consiste en l’analyse de son expérience d’enseignement passée, présente, future et conditionnelle. Elle s’accompagne d’une démarche de structuration et de transformation de ses perceptions et de son savoir ; elle vise, entre autres, l’émergence ou l’explicitation d’un savoir tacite ;

la pratique réflexive est une démarche qui fait appel à la conscience et à la prise en charge de son développement professionnel par la personne elle-même, qu’elle soit enseignante ou future enseignante ;

la pratique réflexive nécessite l’application d’une pensée rationnelle à l’enseignement (rationalité instrumentale et rationalité par rapport à des valeurs éducatives).« 

Il semble que ce moment particulier – introduction de distant dans la pratique – soit un moment privilégié pour interroger la pratique présentielle du quotidien. Pour éviter le travers d’une formation trop axée sur les technologies, pour centrer la problématique sur l’action pédagogique.

Les auteurs proposent d’axer la réflexion selon trois directions :

  1. Le moment de la réflexion : avant, pendant et après l’action. Sur une durée plus ou moins longue;
  2. L’objet sur lequel porte la réflexion : l’enseignement en classe et le contexte social et institutionnel de l’activité professionnelle;
  3. Le contexte de la réflexion : individuel et privé ou à caractère social et public incluant plusieurs partenaires.

Le journal de bord proposé aux formateurs peut être un outil permettant de consigner les éléments vécus marquants. Il sera plus aisé à chacun de revenir sur des moments passés pour mener une réflexion sur l’avant, le pendant et l’après de l’action.

Lors d’un regroupement synchrone ou asynchrone l’animateur du groupe pourra s’appuyer sur ces écrits pour mener une analyse avec les intéressés.

(1) Institut National de Recherche Pédagogique – http://www.inrp.fr/inrp

(2) Site : http://www.inrp.fr/edition-electronique/archives/recherche-formation/web/fascicule.php?num_fas=250

(3) Université de Sherbrooke (Québec)

Faut-il que le formateur écrive ?

Publié: 23 octobre 2008 dans Lectures
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former_enseignants_prosLe formateur est confronté au quotidien à la qualité de son action. Mais comment faire pour avoir un retour si le contexte de l’activité est solitaire ? Comme celle de l’enseignant(e) seul(e) dans sa classe qui n’a de miroir de son action que par ses élèves, rarement de ses pairs et de son institution.

Mireille Cifali (1) , professeur ordinaire à la faculté de Psychologie et des Sciences de l’Education de Genève, nous invite à écrire à propos de notre pratique. Simplement, un peu comme un geste quotidien auquel on n’accorde pas beaucoup d’attention habituellement. Mais, en fait, cette écriture peut devenir un moyen privilégié d’une analyse personnelle de nos actions devant un public.

 

« Si on apprend de l’expérience et s’y forme, avec quelle écriture peut-on construit-on des connaissances et les transmettre ? Y a-t-il une écriture spécifique de l’expérience et de la clinique ? Cette interrogation rejoint une autre, au fond fort banale puisqu’elle se résume à ceci : « Comment la pratique quotidienne s’écrit-elle ? » A la poursuite de ces simples questions, j’ai procédé à des recherches historiques – pas totalement abouties – qui me mènent à poser comme hypothèse que le récit serait l’espace théorique de pratiques (Cifali, 1995) (2). Cette  écriture proche de la littérature, que connaissent d’ailleurs l’histoire et l’ethnologie, pourrait être entrevue comme un des modes d’intelligibilité des situations du vivant. » – Page 131

Si le formateur tient à jour un document personnel (un cahier personnel, un journal de bord, un blogue, un portfolio, …) il garde la trace de ses travaux, de ses interrogations. Il peut plus facilement mener une activité réflexive sur sa pratique.

Et puis il a la possibilité, à un moment qu’il juge opportun, de partager tout ou partie de ses écrits avec des collègues. Un dialogue peut alors s’instaurer source d’une riche analyse de pratiques.

Vous pourrez lire, à l’adresse ci-dessous, des extraits de rapports réflexifs que de futurs ingénieurs en foad et des collègues enseignants en poste (master foad de l’Université de Franche-Comté) ont écrits pendant leur formation en 2006. Les uns et les autres ont utilisé un blogue pour consigner leurs écrits :

>>>  http://www.jacquescartier.net/inti2006/synthese/extraitrapportreflexif.htm <<<

Leurs tuteurs, formateurs professionnels, avaient également été invités à prendre la plume.

Bien sûr on pourrait objecter que ce type d’écriture n’a pas grand chose de scientifique. L’auteur ne partage pas cet avis :

« Notre mentalité scientifique est néanmoins choquée par l’affirmation que le récit serait l’un des espaces de théorisation des pratiques : où sont la théorie et les lois de fonctionnement; qu’apprend-on; de quelles connaissances peut-on se targuer ? Le récit appartenant à la fiction, relevant davantage de la littérature, donc du poétique et de l’imagination, serait à l’opposé de la science, loin du réel et de l’objectivité, donc du sérieux d’une recherche. Pour affirmer que le récit n’a rien à rougir sur le registre de la connaissance; que son écriture ne rejette pas la discipline qui y recourt dans l’approximation d’un art, bien des deuils doivent être réalisés et une certaine conception de ce qui est scientifique retouchée. Les historiens nous y aident. J’écrirai ailleurs pour montrer que toute réalité est reconstruction, qu’il y a non seulement compréhension mais aussi explication dans la mise en récit, et que la singularité de la situation racontée peut toucher au général où beaucoup se retrouvent. C’est à ce prix que le récit figure parmi les outils d’intelligibilité. » – Page 132

(1) « Former des enseignants professionnels » – Quelles stratégies, quelles compétences ?
Chapitre 6 : « Démarche clinique, formation et écriture » – Mireille Cifali – http://www.unige.ch/fapse/SSE/teachers/cifali/
Léopold Paquay, Marguerite Altet, Evelyne Charlier, Philippe Perrenoud – De Boeck – 2001

(2) Cifali, M. (1995). J’écris le quotidien. Les cahiers pédagogiques, 331, 56-58.