Archives de la catégorie ‘Réflexions’

 

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Photo Jacques Cartier 

Lorsque l’on conçoit une formation ouverte et à distance ou même simplement un module de formation composé de séquences dans lesquelles vont se dérouler des activités, il est important de lire quelques ouvrages ayant trait à l’intelligence artificielle, de fouiller les notions d’EAO, d’EIAO (1), de système expert (2) par exemple.

On se positionne soi-même comme expert pour former des personnes que l’on pourrait qualifier de novices. Mais l’expert, comme l’indique Monique Linard (3), « va droit au but, par exemple, et ne se perd pas dans les détails, que ce soit dans la façon de poser ou dans la façon de résoudre un problème. » (Page 127)

L’auteur cite Dreyfus (1979) qui indique que l’expert sait :

  • séparer l’important de l’accessoire;
  • extraire les relations et configurations pertinentes;
  • hiérarchiser les objets entre eux et y associer les traits et règles corrects;
  • choisir les sous-buts essentiels pour l’objet final recherché.

Le novice, qui n’a pas ces compétences, n’a pas de vision synthétique et peut ainsi « piloter à vue ». Citons Monique Linard : « Il procède plutôt par exploration prudente au jugé, par tâtonnements, essais et erreurs, inductions plus ou moins erratiques, et surtout par une progression pas à pas totalement analytique, la seule qui le mette à l’abri de grosses erreurs (Dreyfus : 1986; Lawler : 1985). »

Avec une équipe de formateurs concepteurs nous avons créé une formation de formateurs à la foad appelée « Soffia » (Système Ouvert de Formation de Formateurs Inter-Académique).

A l’issue de la première année d’utilisation, nous nous sommes aperçus que nous avions eu « la main lourde » en ressources. Trop de ressources occasionne un effet de surcharge cognitive pour les apprenants.

Après la seconde année, qui vient de se terminer, nous allons encore réorganiser notre formation en l’axant plus sur une formation action dont l’objectif principal sera pour les apprenants le montage d’un projet de foad par groupes de 4 à 5 personnes. (4)

Notre travail prendra ainsi plus en compte le groupe des pairs, le rôle central du tuteur. Citons à nouveau Monique Linard dont les écrits ont influencé notre démarche : 

« La grande erreur en EAO, selon Jernstedt (1983), est de chercher à utiliser la machine pour remplacer les enseignants et le groupe des pairs alors que l’on sait avec certitude que les enseignants ont une influence profonde sur le développement cognitif et affectif des apprenants et que le groupe des pairs influe sur la réussite académique, la capacité à résoudre des problèmes et l’estime de soi intellectuelle. C’est en termes de « combinaison synergique » entre machines, formateurs et processus de groupe qu’il s’agit, selon l’auteur, de penser la question, et non pas en termes d’exclusion. » (Page 119)

(1) EAO : Enseignement Assisté par Ordinateur, EIAO : Enseignement Intelligent Assisté par ordinateur
(2) Système expert sur Wikipédia :
« D’une manière générale, un système expert est un outil capable de reproduire les mécanismes cognitifs d’un expert, dans un domaine particulier. Il s’agit de l’une des voies tentant d’aboutir à l’intelligence artificielle. »
Plus précisément, un système expert est un logiciel capable de répondre à des questions, en effectuant un raisonnement à partir de faits et de règles connus. Il peut servir notamment comme outil d’aide à la décision. Le premier système expert est DENDRAL. Il permettait d’identifier les constituants chimiques. »

(3) Monique Linard, « Des machines et des hommes », l’Harmattan – 1996
(4) La formation Soffia sera prochainement mise à disposition des Académies et hébergée par le pôle de compétences foad du Ministère de la Jeunesse, de l’Education et de la Recherche.

A propos de l’autonomisation

Publié: 29 mars 2008 dans Réflexions

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En formation ouverte et à distance on lit souvent que l’apprenant est au centre du dispositif. On souhaite développer son autonomisation.

Henri Holec en donne une définition précise :

« L’autonomisation constitue une dimension fondamentale de la démarche du C.R.A.P.E.L : elle en représente l’objectif, comme l’autodirection de l’apprentissage et le soutien en représentent la méthodologie. Ce choix, dicté par une volonté de centration maximale sur l’apprenant, permet d’envisager le progrès pédagogique dans une perspective nouvelle et de se dégager de l’alternative « traditionnelle » adaptation de l’apprenant à l’enseignement – adaptation de l’enseignement à l’apprenant. Par l’autonomisation, c’est-à-dire l’acquisition graduelle et individualisée de la capacité à prendre en charge son apprentissage, l’apprenant devient progressivement son propre enseignant, construit et évalue lui-même son apprentissage : les problèmes éducatifs qui se posent alors sont de vrais problèmes éducatifs qui concernent l’individu aussi bien en tant que personne et que sujet social qu’en tant qu’apprenant… »

Holec, H., 1981, « A propos de l’autonomie : quelques éléments de réflexion », ELA n° 41

Travailler dans ce sens nécessite de proposer à l’apprenant un dispositif de foad dédié. L’équipe de conception de la formation a une réflexion de fond à mener et un travail de scénarisation passionnant à faire !

Quelques pistes « provisoires » :

  • On pourrait imaginer une base documentaire mise à disposition des apprenants mais aussi une base documentaire proposée par les apprenants;
  • Des fiches conseils pour aider l’apprenant à s’organiser, à gérer son temps;
  • Un document personnel dans lequel l’apprenant note au fur et à mesure les travaux réalisés, les temps forts, les moments difficiles. Document pour un retour sur soi et une analyse réflexive;

Une personne joue un rôle fondamental dans ce contexte de formation, c’est le tuteur ou le conseiller dont parle Henri Holec. L’apprenant n’est pas livré à lui-même, il peut compter sur un suivi individualisé…

C.R.A.P.E.L : Centre de Recherches et d’Applications Pédagogiques En Langues – Université Nancy 2

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Lors de l’animation d’un stage de formateurs nous avons abordé récemment la problématique de la scénarisation en foad. Nous avons utilisé comme ressource le travail de l’équipe de Bernard Morin de l’Université de Montréal.

>>> Voir sur : http://www.formationadistance.umontreal.ca/production/index.html

Les personnes présentes, notamment des enseignants en poste, ont indiqué qu’elles ne passaient plus par la phase d’écriture de leurs séquences pédagogiques (finalités, buts, objectifs, sous-objectifs, évaluation, …) mais travaillaient un peu au « feeling » avec la structure de la séance dans la tête.

Ceci n’est guère possible en foad comme l’indique le document de nos amis québécois. Il faut scénariser au plus près.

Je pense qu’un des atouts de la foad se situe dans ce cheminement, passage obligé. De mon côté, pour mes activités en présence d’élèves de collège, je suis revenu à la rédaction de mes séquences comme lorsque j’étais instituteur avec la tenue du « cahier journal« .

La foad est ainsi, en priorité, un travail pédagogique durant lequel le formateur « revisite » ses pratiques pédagogiques. L’aspect technologique a certes son importance, mais il est au second plan.

Colloque en ligne de l’APOP

Publié: 12 janvier 2008 dans Réflexions

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Le colloque télécollaboratif synchrone et à distance de l’APOP (1) des 9 et 10 janvier 2008 vient de se terminer.

 

Adresse : http://www.apop.qc.ca/

Quatre cents personnes en ligne, de nombreuses conférences et ateliers pendant deux jours.

J’ai participé à l’atelier « Relation pédagogique et encadrement à distance : utopie ou défi pédagogique. »

Avec les collègues de Québec, de l’Ontario, du New Brunswick, nous avons dialogué pendant une grosse heure. Nous n’avons que très peu évoqué la technologie. Nous avons surtout parlé de tâches à réaliser en ligne de façon synchrone et asynchrone, de motivation de l’apprenant, d’évaluation, de validation d’acquis professionnels en ligne, …

Bref nous avons parlé pédagogie ! N’est-ce pas la préoccupation première de la foad ?

(1)    APOP : association pour les applications pédagogiques de l’ordinateur au postsecondaire. 

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Photo Jacques Cartier : pêche sur la lac à la rame 

Ces jours-ci pour parler de formation à distance j’ai voyagé à travers la France et l’Atlantique,

En France par le taxi, le train, le métro, le train, le taxi,

Sur l’Atlantique avec mon micro-casque et mon ordinateur portable.

Après cette semaine un peu chargée, je me pose une question :

Et si j’avais fait l’activité « taxi, train, métro, train, taxi » à distance ?

Quels auraient été les avantages et les inconvénients ?

Avantages certains pour la planète en terme d’empreinte écologique :

Electricité du TGV, du métro, gas-oil des deux taxis, infrastructures, …

Inconvénient : ne pas avoir rencontré en direct les personnes ?

Mais il me semble que j’ai bien travaillé avec les collègues québécois en direct sur le Net.

Est-ce que nous allons nous poser les vrais problèmes avant que l’environnement ne se fâche ?

Pourrait-on risquer un acronyme ? « FOADED » : « Formation Ouverte et A Distance Environnement Durable » !!!

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Logo de l’Agence Universitaire de la Francophonie 

Lorsque nous utilisons des outils multimédias en formation il est important d’avoir un certain recul par rapport à notre action. Il y a un rapport à élucider entre notre intention (comme formateur ou enseignant) et l’intention incarnée dans l’outil. Eric Auziol (1), dans un article présenté au colloque de l’AUF de Beyrouth en 2001, évoque une typologie des conduites que le formateur est susceptible d’adopter : « Situations d’usage des multimédias et conflits d’intentions pédagogiques« .

  • le mode fusionnel
    A quel moment se trouve-t’on en situation fusionnelle avec l’outil ? Par exemple si l’on a écrit soi-même le logiciel fourni aux apprenants. Ne risque-t’on pas un manque de recul ?
  • le mode asservi
    C’est la cas de figure où l’outil nous dépasse et prend la main sur nos intentions;
  • le mode conflictuel
    L’ordinateur n’en fait qu’à sa tête, le réseau « plante », les messages d’erreur succèdent aux messages d’erreur. On en vient à critiquer ouvertement l’outil devant son public;
  • Le mode exclusif
    C’est la situation de refus de l’outil ou de stratégie d’évitement;
  • Le mode adaptatif
    La situation est gérée. Le formateur domine son sujet et la technique. Son intention pédagogique l’emporte.

Cet article est intéressant pour qui utilise au quotidien des outils mutlimédia et peine, peut-être, à situer son action pédagogique notamment quant au rapport à l’outil.

1. Eric Auziol est maître de conférence à l’Université Paul Valéry de Montpellier 2 – >> Son site <<

A propos du forum

Publié: 31 octobre 2007 dans Réflexions

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A propos des forums sur une plate-forme de formation il est coutumier d’entendre les remarques suivantes : 

  • « Ils n’y vont pas… »
  • « J’ai mis un message (le formateur) personne n’a répondu… »
  • « C’est le silence… »

Je crois qu’il est important de bien situer l’activité « forum » dans le curriculum de formation. Le simple fait de « poser » un forum sur la plate-forme ne suffit pas à créer les interactions. Il est nécessaire de donner du sens à ce forum : utilité de sa présence, objectif poursuivi, organisation dans le temps, dates d’ouverture et de fermeture, forum lié à une activité précise, forum « ressource », …

Les travaux de François Mangenot (1) sont riches d’enseignements. Par exemple l’article publié lors du colloque EPAL (Echanger Pour Apprendre en Ligne) des 6-7-8 juin 2007 à Grenoble :

(1) Page personnelle de François Mangenot : http://icar.univ-lyon2.fr/membres/fmangenot/

Autre billet sur ce sujet :
http://www.blogg.org/blog-43247-date-2007-04-06-billet-dispositif_hybride_de_formation-568082.html

 

Nomadisme

Publié: 29 octobre 2007 dans Réflexions

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La connexion sans fil est certainement une « évolution révolution » car elle bouleverse le modèle de la salle informatique habituelle.

J’animais récemment une formation nationale d’une quarantaine de personnes qui se sont retrouvées pour réfléchir à l’introduction de distant dans leur pratique de formation. Une majorité des stagiaires présents disposait d’un ordinateur portable équipé en WIFI.

Nous avons ainsi travaillé très souplement en grand groupe, en petits groupes, dans des salles banalisées. Chacune et chacun a déplacé son matériel, qui dans une salle de cours, qui au centre de documentation, qui à la cafétaria.

Nous nous sommes ainsi affranchis de la salle informatique et de ses contingences :

  • lieu unique qui peut être indisponible car déjà réservé;
  • rigidité de la disposition des meubles qui empêche une organisation modulable en petits groupes;
  • droits d’accès forcément limités (nom d’utilisateur, mot de passe);
  • logiciels installés qui ne correspondent peut-être pas aux besoins d’un groupe de passage;
  • installations impossibles car gérées (et c’est normal) par le responsable du réseau;

Je me suis ainsi interrogé sur la pertinence de la classe mobile comparée à l’utilisation de la salle informatique traditionnelle. Les avantages sont certains et, à mon avis, plus porteurs d’un développement des usages.

« L’acteur autonome qu’il s’agit de former n’a plus rien à voir avec l’opérateur taylorien ou l’agent d’exécution rivé aux procédures prescrites de ses micro-tâches. C’est un véritable hyperacteur qu’exige désormais le bon usage des TIC, à compétences heuristiques globales de haut niveau, capable d’affronter des situations imprévues, embrouillées et instables et de (re)définir lui-même ses tâches si nécessaire. »
Linard, 2002, Education Permanente, n° 152, pp. 143-155.

Consigne, tâche et matériaux

Publié: 21 octobre 2007 dans Réflexions

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Au quotidien, que ce soit avec des étudiants en bac + 5 ou des élèves de sixième, la question est toujours de trouver un savant dosage entre la consigne donnée aux apprenants, la tâche qu’ils ont à réaliser et les matériaux mis à leur disposition.

Chacun a vite fait de créer un décalage entre la tâche et les matériaux utiles à sa réalisation : tâche trop complexe avec des matériaux trop « légers », tâche simple avec des matériaux trop nombreux et/ou trop complexes !

Cette alchimie est permanente et même avec « de la bouteille » le risque est présent de mettre en péril la séquence pédagogique envisagée.

Philippe Meirieu dans son ouvrage « Apprendre … oui, mais comment » (1) évoque avec clarté cette problématique.

Il propose la formule (image en tête du billet) identification sur utilisation = signification.

Pour lui la situation d’apprentissage effective n’a lieu que si l’apprenant fait « jouer » le « numérateur » et le « dénominateur » de la formule. L’identification n’est réelle que si l’apprenant intègre déjà les informations délivrées dans un projet dans lequel il s’inscrit. Il est nécessaire qu’il y ait utilisation des informations pour arriver à une signification, c’est-à-dire compréhension.

« C’est ce processus d’interaction entre l’identification et l’utilisation qui est générateur de signification » – Page 54

« Car cette interaction, qui n’est qu’une nouvelle manière de décrire ce qui se joue, dans l’histoire d’un sujet, entre lui et le monde, est la dynamique même de tout apprentissage. » – Page 58

(1) « Apprendre…, oui, mais comment » – Philippe Meirieu – ESF éditeur – 17ème édition – Paris 1999

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Photo par Jacques Cartier 

Sur le site http://qp1.orion.education.fr/technoenligne (1) (2) mes élèves de collège (technologie) disposent d’un espace de travail en ligne.

Cet espace comprend une partie publique (accessible comme un site Internet) et une partie privée (accessible par code d’accès et mot de passe).

Chaque élève dispose d’un espace réservé (appelé salle) dans lequel il dépose ses travaux personnels faits en cours, les devoirs réalisés en ligne. Cet espace est partagé avec le professeur. Cliquer sur « Quelques infos« .

Pour l’élève les avantages sont nombreux :

  • un lien permanent avec son « classeur en ligne ». Dans la plupart des classes les élèves sont connectés à la maison. Ils peuvent ainsi travailler à distance. Pour ceux qui n’ont pas de connexion le travail peut s’effectuer au CDI; (3)
  • ils peuvent stocker leurs travaux de recherches qui sont accessibles en permanence;
  • ils ont accès aux consignes du professeur, aux dossiers techniques des objets fabriqués;
  • ils peuvent, au-travers des différentes activités, valider des items du B2i élève.

Pour le professeur les avantages sont nombreux, citons en quelques uns :

  • il a une vision globale de ses classes, de l’avancée des travaux, des productions individuelles et collectives;
  • il peut travailler chez lui ou de tout ordinateur rélié à Internet;
  • ll peut à tout moment ajouter, modifier, supprimer un document consigne;
  • il peut engager avec les élèves une réflexion sur l’autoévaluation en faisant le point avec chacun sur le contenu de son dossier en ligne « Mes travaux« . Chaque élève évaluera ses travaux chaque trimestre, proposera une note qui sera discutée avec le professeur;
  • il peut utiliser le site en mode déconnecté : une fonctionnalité qui permet de télécharger le site sur son ordinateur portable par exemple pour travailler hors connexion.

On pense à l’espace numérique de travail qui va s’installer dans les établissements :

Objectif  des ENT
« Les ENT ont pour objet :
– de saisir et de mettre à la disposition des élèves et de leurs parents, des étudiants, des enseignants, des personnels administratifs et plus généralement de tous les membres de la communauté éducative de l’enseignement scolaire ou de l’enseignement supérieur, en fonction des habilitations de chaque usager, des contenus éducatifs et pédagogiques, des informations administratives, relatives à la vie scolaire, aux enseignements et au fonctionnement de l’établissement ainsi que de la documentation en ligne ;
– de permettre aux usagers de l’ENT de s’inscrire en ligne à des activités proposées par l’établissement, de s’inscrire à des listes de diffusion, de participer à des espaces communautaires (forums de discussion, espaces collaboratifs, blogs…). »
 
Arrêté du 30 novembre 2006. JO du 13/12/2006

http://www.educnet.education.fr/textes/reglementaires/donnees.htm

(1) Ce site (logiciel QuickPlace) est hébergé par le pôle de compétences foad du Ministère
Conditions générales d’utilisation de l’espace de travail collaboratif QuickPlace
(2) www.technoenligne.fr
(3) Centre de Documentation et d’Information