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Image en Creative Commons Paternité sur Flickr.com : http://www.flickr.com/photos/bluelinden/4135985067/

L’intelligence du réseau se situe aux extrémités du réseau et non au cœur. Ce principe est évoqué dans un rapport du Conseil National de la Recherche américain (NRC, « National Research Council »).

« Visant à la simplicité et à la flexibilité, le principe (du end to end) considère que le réseau doit fournir un service de base – le transport de données – et que l’intelligence, à savoir le traitement de l’information nécessaire pour proposer des applications, doit être située dans les appareils en lisière (aux « bouts ») du réseau, ou à proximité de ses extrémités. » Cité par Lawrence  Lessig (1)

Ce principe d’un réseau service peut être appliqué dans le cadre d’un environnement numérique de travail. A côté des services utiles à l’institution (éducative par exemple : cahier de textes, carnet d’appels, …) des services sont proposés aux personnes qu’elles peuvent ou non valider en fonction de leurs besoins. On peut imaginer par exemple que l’ENT propose à l’enseignant des outils auteur pour préparer et mettre en ligne ses cours, préparer des activités individuelles et collectives pour ses élèves. Et aussi des outils de communication (courriel, plate-forme synchrone, …) intégrés à l’ENT pour les besoins de communications entre enseignants, entre enseignants et élèves.

Ainsi cet outil imposé à tous peut permettre aux usagers de retrouver le end to end et laisser libre cours à l’intellignence du réseau. L’architecture (l’ENT) laisse libre cours à l’innovation.

Lawrence Lessig cite Tim Bernes-Lee :  (2)

« Conceptuellement, si le Web était destiné à devenir une ressource universelle, il devait pouvoir se développer sans entraves. Techniquement, il suffisait d’un seul point de réglementation centralisée pour que ceci devienne rapidement un goulot d’étranglement limitant le développement du Web, et le Web ne pourrait jamais se développer. Il était très important qu’il soit incontrôlable. »

Il en va certainement de même pour une plate-forme de formation ouverte et à distance. Doit-on tout régler au « millimètre » et ainsi confiner l’apprenant dans un espace ne laissant pas place à l’innovation. Ne devrait-on pas, au contraire, imaginer l’ouverture de l’environnement vers l’extérieur du réseau ?

Au formateur d’imaginer dans son projet pédagogique les « end to end » utiles !

(1) page 45 – (2) page 49

Lessig, L, (2005), L’avenir des idées, Lyon, Presses Universitaires de Lyon

 

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Photo Jacques Cartier - Vallée d'Ornans

Au hasard de balades pédestres ou motorisées,

On découvre des endroits qui mélangent bois et pierre,

Maisons anciennes qui nous plongent dans un temps révolu mais pas perdu,

Qui nous interrogent sur notre vie d’aujourd’hui, avec ces technologies que l’on a appelées longtemps nouvelles,

Qui ont pris peu à peu une place majeure dans notre quotidien.

Mais le bois et la pierre nous questionnent : ne risque-t-on pas de perdre leur contact,

De les mettre aux oubliettes et de nous retrouver démunis, sans ces repères qui nous ramènent à nos origines ?

Nous ne sommes pas seulement virtuels, nous avons besoin de pierre et de bois même pour gérer nos avatars.

Les technologies employées, quelque soit leur technicité, ne dispensent pas de créer un climat d’échanges avec les apprenants qui se rapproche du contact direct.

La formation à distance ne déroge pas à ce souci de retour aux sources qui nous rattache à une culture fondamentale :

« L’homme est donc un être pleinement biologique, mais s’il ne disposait pas pleinement de la culture ce serait un primate du plus bas rang. La culture accumule en elle ce qui est conservé, transmis, appris, et elle comporte normes et principes d’éducation. » (1)

(1) Morin, E, Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, sur le site de l’Unesco
>>
http://unesdoc.unesco.org/images/0011/001177/117740fo.pdf

 

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Le réseau social via Internet est en pleine expansion. Facebook regroupe un nombre impressionnant d’internautes : 400 millions d’utilisateurs (statistique de février 2010).

Mais le réseau social n’est-il pas un bien commun à mettre à disposition de l’ensemble de la population, comme l’eau et l’air. Citons Lawrence Lessig (1) :

« L’Oxford English Dictionary (OED, peut-être la première entreprise de collaboration open source sur une grande échelle dans le domaine de la librairie) décrit les « biens communs » comme une ressource détenue « en commun », c’est-à-dire une ressource « possédée ou utilisée en indivis, ayant vocation à être détenue ou utilisée de manière égalitaire par un certain nombre de personnes ». Une ressource détenue « en commun » est donc « libre » (au sens que j’ai défini plus haut) pour les personnes concernées. Le plus souvent, les biens communs sont une ressource sur laquelle n’importe quel membre d’une communauté donnée a des droits, sans avoir à obtenir de permission de qui que ce soit. » (page 26)

Ne devrait-on pas ainsi considérer le réseau social comme un bien commun que les organisations sociales (état, collectivités territoriales, associations, …) auraient à charge de gérer dans le respect des libertés fondamentales ?

Les informations publiées par les internautes seraient ainsi mieux garanties car en conformité avec les lois du pays, l’utilisation des données à des fins publicitaires serait beaucoup mieux encadrée, le droit à l’oubli des traces laissées en ligne mieux géré.

N’est-il pas inquiétant pour la vie de l’Internet, l’existence de la démocratie, de publier autant d’informations concernant les personnes sur des ordinateurs appartenant à une entreprise privée qui peut les gérer à sa guise ?

Le sous-titre de l’ouvrage de Lawrence Lessig est :  « Le sort des biens communs à l’heure des réseaux numériques« …

Nota bene :  l’organisation Creative Commons a été fondée en 2001 à l’initiative de Lawrence Lessig.

(1) Lessig, L, (2005), L’avenir des idées, Lyon, Presses Universitaires de Lyon.

Autre billet sur ce thème : http://www.jacques-cartier.fr/blogue/lavenir-des-idees-le-sort-des-biens-communs-a-lheure-des-reseaux-numeriques/

Identité sur la toile

Publié: 27 mars 2010 dans Réflexions
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En formation à distance les apprenants prennent conscience de leur identité numérique. Ils se connectent sur des plates-formes avec des identifiants, ils créent parfois un blogue pour gérer leur journal de bord, … On  pourrait profiter de ces moments pour inciter les personnes à « aller jusqu’au bout » de leur empreinte sur la toile en les invitant à se munir d’un nom de domaine personnel.

Les avantages sont nombreux :

  • Je m’appelle par exemple luc-martin.fr : je suis ainsi reconnu sur le réseau par ce nom ;
  • Mon prestataire peut me fournir des services : un site, un blogue par exemple. Je suis vraiment propriétaire de mes informations, des données que je peux sauvegarder ;
  • Je suis indépendant de toute publicité qui pollue les pages des blogues gratuits par exemple.

Tout ceci pour quelques euros par moi …

Gérer son identité sur Internet devient, selon moi, de plus en plus important. Les personnes sur Facebook sont-elles conscientes des informations qu’elles rendent visibles ? Sont-elles au courant de ce que l’hébergeur fait des ces données ? Que deviennent ces données si l’on souhaite supprimer  son compte ? Et quid de la publicité qui envahit les pages de « son » facebook ?

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Image en Creative Commons sur Flickr

Plusieurs conseils généraux se sont lancés dans la mise en place d’un dispositif qui fournit un ordinateur portable aux collégiens et aux enseignants :

  • « Un collégien, un ordinateur » dans les Landes en 2001 ;
  • « Ordina13 » dans les Bouches du Rhône en 2003 ;
  • « Ordi35 » en Ile et Vilaine en 2005 ;
  • « Ordi60 » dans l’Oise et « Ordicollège19 » en Corrèze en 2009.

Un enquête menée par la Sofres analyse le dispositif des Landes de façon très fouillée.

Lien utile : http://www.landesinteractives.net/pagesEditos.asp?IDPAGE=228&sX_Menu_selectedID=left_23E7CEF0

Ou pour voir l’ensemble des documents :  http://issuu.com/1collegien1ordinateurportable.

On ne peut pas rester insensible à ces initiatives qui se développent dans des départements qui ont fait un choix osé. Le rapport de plus de 300 pages évalue le dispositif sous tous ses angles sans volonté de réaliser un écrit de satisfecit. Les différents partenaires ont la parole, les plus et les moins sont analysés avec objectivité.

Une interview de Seymour Papert (1) est insérée dans le document. Pour lui, placer quelques ordinateurs dans le fond de la salle n’a pas de sens, comme en placer 20 dans une salle dédiée (salle communément appelée salle multimédia). Il fait l’analogie avec le crayon de papier : équipe-t-on une salle de classe de 3 crayons ou d’une montagne de crayons ? Chaque élève dispose de son crayon !

On pourrait être tenté de penser que ce type de dispositif est transférable à l’ensemble des départements. Ce serait aller vite en besogne car chaque collectivité est responsable de ses choix en matière de politique éducative. Mais la réflexion mérite d’être menée car le modèle de la salle multimédia commence à montrer son obsolescence et les quelques ordinateurs en fond de salle leur limite !

(1) Seymour Papert est professeur honoraire du MIT (Massachusetts Institute of  Technology). Il est connu comme l’un des créateurs du langage LOGO.

Le pied dans la porte

Publié: 8 février 2010 dans Lectures, Réflexions
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Image sur Pixabay

Jean-Pierre Astolfi (1) écrivait :

« L’effort demandé n’a de sens que s’il entre en résonance avec les centres d’intérêt des élèves. Cela ne veut pas dire qu’il faille se caler sur ce qui leur plaît en éliminant les contenus qui les ennuient, bien au contraire. Cela souligne simplement qu’il faut trouver les moyens d’un « pied dans la porte » pour qu’ils puissent entrer dans les problématiques disciplinaires, alors qu’ils se demandent pourquoi ils devraient faire l’effort de s’y intéresser. Car chaque discipline est une sorte de petit jardin de paradis, caché au regard des passants par une lourde porte sombre. Les anti-pédagogues imaginent trop souvent qu’il suffit de décrire aux élèves ce qu’il y a derrière la porte pour qu’ils parviennent à l’ouvrir. Mais chaque discipline est une conquête coûteuse (collective et individuelle, historique et didactique), et le « gai savoir » à venir prend d’abord l’aspect d’une contrainte rebutante. La porte est lourde… »

L’enseignant à distance a des outils de communication à sa disposition, nombreux et variés. Mais il est confronté au fait de mettre un « pied dans la porte » pour que ses apprenants entrent dans le jeu de l’apprentissage et ne se contentent pas d’un bruit de communication via des forums et des classes virtuelles.

L’objectif poursuivi est bien d’apprendre en poussant une lourde porte…

(1) Jean-Pierre ASTOLFI, didacticien et professeur de sciences de l’éducation à l’université de Rouen
décédé le 2 décembre 2009 – Voir l’article sur les Cahiers Pédagogiques.

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Après bientôt quarante années à exercer le métier d’enseignant, je suis souvent en questionnement sur la façon d’évaluer les travaux des élèves, des étudiants et des adultes dont j’ai la charge.

Ces personnes  sont concernées par le Brevet Informatique et Internet et le Certificat Informatique et Internet (niveau 1 et niveau 2). La modalité de validation repose sur des acquis de compétences. L’évalué réalise des activités en ligne et/ou en présence et sollicite l’enseignant qui est l’évaluateur de la ou des  compétence(s) souhaitée(s).

Un dialogue s’engage alors en présence et à distance qui débouche sur la validation ou la non-validation de l’item (validation remise à plus tard) en question. Cette démarche est particulièrement intéressante car elle nécessite l’engagement des deux parties. Evalué et évaluateur sont dans un dialogue constructif. L’évaluation fait ainsi partie intégrante des apprentissages.

L’application GIBII (Gestion Informatisée du Brevet Informatique et Internet) a été mise en place dans l’académie de Besançon l’an passé. Actuellement 90000 élèves sont concerné(e)s.

Une vidéo, réalisée par mes soins, explique l’utilisation de cette plate-forme par les élèves :

>>>> http://ac-besancon.fr/IMG/swf/gibii_eleve.swf <<<<

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—– Image sur Flickr en Creative Commons —–

Par outil grand public nous entendons un logiciel dont tout un chacun dispose sur son ordinateur.

Le traitement de texte est un bon exemple. Tout le monde saisit du texte à intervalles réguliers. Mais exploite-t-on vraiment ce logiciel pour les apprentissages ?

Le passage de la machine à écrire au traitement de texte s’est réalisé rapidement. Un ordinateur est venu remplacé la bonne vieille machine à écrire mécanique. Mais a-t-on fait le saut nécessaire entre ces deux machines qui sont de deux mondes différents.

Dans ma pratique de formateur, notamment de secrétaires de direction, j’ai noté que peu de personnes avaient changé leur pratique entre ces deux mondes. Les automatismes liés au logiciel (notion de paragraphe, style, table des matières automatique, document modèle, mode plan, …) sont rarement utilisés.

En travaillant avec des docteurs en lettres récemment, toutes et tous m’ont indiqué que la rédaction de leur thèse avait été « manuelle« , sans aucun automatisme … Si un chapitre est déplacé, la table des matières est fausse … (!)

En ce qui concerne les apprentissages,  le traitement de texte, outil grand public, reste d’un apport essentiel.  Jacques Anis (1) (2)  évoque les points suivants :

  • des fonctions de rédaction : insertion, couper-copier-coller-déplacer, recherche et remplacement, glossaire ;
  • des fonctions méta-scripturales : déplacement dans un document, sélection d’une partie, annuler/répéter, afficher en mode plan, en mode aperçu avant impression, enregistrement, impression ;
  • des fonctions de mise en forme et de structuration du document : format de caractères, attributs graphiques, insertion d’images, de tableaux, de documents, table des matières, indexation ;
  • des fonctions métatextuelles : annotations (commentaires de l’auteur ou d’un lecteur), statistique (comptage des caractères, des mots, des lignes, des paragraphes, des pages), marques de révision qui mettent en évidence toutes les modifications rédactionnelles, vérification orthographique, grammaticale et stylistique, dictionnaire des synonymes.

Dans une activité coopérative à distance, on a fait appel souvent à une écriture collective. Le traitement de texte se prête bien à ce type de production. Les apprenants bâtissent le canevas du document puis chacun prend en charge un chapitre particulier. Il est possible ainsi de fusionner les écrits, les amender, …

(1) cité par Depover, C, Karsenti, T, Komis, V, (2009), Enseigner avec les technologies, Québec : Presses de l’Université du Québec.

(2) Anis, J, (1998), Texte et ordinateur, l’écriture réinventée ?, Bruxelles, De Boeck Université.

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En Creative Commons sur flickr.com – Cliquer sur l’image

http://creativecommons.org/licenses/by-nc-sa/2.0/deed.fr

A l’origine il s’agissait d’utiliser la formation à distance pour travailler avec des publics distants géographiquement des lieux de formation. Aujourd’hui on s’aperçoit que cette façon de voir les choses a évolué et que la formation a distance est aussi utilisée en présence. Les apprenants, par exemple, sont réunis chaque semaine dans un lieu donné et une partie des travaux et des échanges réalisés le sont via des outils du distant.

On ne cherche ainsi pas à pallier le souci de l’absence physique mais plutôt d’améliorer la qualité de la formation au-travers de plus d’échanges et de souplesse. Une formation présentielle devient ainsi hybride.

Je travaille ainsi avec des élèves de collège que je vois une fois par semaine en présence. Ils disposent d’une plate-forme collaborative (www.technoenligne.fr) sur laquelle ils bénificient chacune et chacun d’un espace personnel pour publier leurs travaux et échanger avec moi dans un premier temps.

En fonction des travaux réalisés (travail personnel, travail de groupe) l’accès à l’espace d’un élève peut être ouvert à d’autres qui participent à une production commune. Les échanges (forum, dépôt de documents) sont ainsi facilités. Un espace ouvert sur Internet permet de présenter les travaux réalisés sur la toile. Et rien n’empêche d’ouvrir l’espace à une classe distante dans le cadre d’un échange international …

« Il s’agit avant tout en introduisant ces différentes formes de flexibilité d’optimaliser la distance transactionnelle (1)  en manipulant la distance physique afin de tirer parti des outils cognitifs mis en oeuvre pour assurer la mise à distance de certains aspects de la formation. Ainsi, selon cette conception, on peut très bien introduire des activités à distance dans un cours qui réunit physiquement les étudiants chaque semaine pour élargir et diversifier les possibilités d’échanges entre les apprenants ainsi qu’avec le tuteur. »(2) – Page 205 

(1) Sur la notion de distance transactionnelle, voir l’article d’Annie Jézégou sur les archives ouvertes Edutice : http://edutice.archives-ouvertes.fr/docs/00/19/31/47/PDF/Jezegou_AREF_07.pdf

(2) Depover, C, Karsenti, T, Komis, V, (2009), Enseigner avec les technologies, Québec : Presses de l’Université du Québec.

Relativiser

Publié: 8 septembre 2009 dans Lectures
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Photo Jacques Cartier

Photo Jacques Cartier

Nous baignons dans un monde technologique avec une révolution des moyens de communication. Nous utilisons ces outils en pédagogie. Mais que penserons-nous demain de nos outils d’aujourd’hui ?

D’alleurs, comment percevons-nous les moyens utilisés hier : la machine à alcool, le magnétophone à bandes, la machine à stencil à encre, le rétro-projecteur, …

Les outils au service de la pédagogie passent de mode, mais l’acte d’enseigner et celui d’apprendre subsistent !

« Qu’un homme consume une partie de sa vie à la description des Arts; que dégoûté de cet ouvrage fatiguant, il se laisse entraîner à des occupations plus amusantes et moins utiles, et que son premier ouvrage demeure renfermé dans ses porte-feuilles : il ne s’écoulera pas vingt ans, qu’à la place de choses nouvelles et curieuses, piquantes par leur singularité, intéressantes par leurs usages, par le goût dominant, par une importance momentanée, il ne retrouvera que des notions incorrectes, des manoeuvres surannées, des machines ou imparfaites, ou abandonnées. »

Diderot, article ENCYCLOPÉDIE de l’Encyclopédie, tome V, 1755.