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Quelques réflexions après la lecture de l’ouvrage « Formation, travail et professionnalisation » coordonné par Richard Wittorski (L’Harmattan septembre 2005).

Le formateur présentiel qui suit une formation pour intégrer du distant dans sa pratique se trouve aux confins de plusieurs savoirs qu’il va devoir réinterroger, confronter aux savoirs des autres apprenants de son groupe de formation pour construire de nouveaux savoirs adaptés à la nouvelle mission qui lui incombe.

Van Der Maren (1) distingue cinq savoirs : les « savoirs scientifiques », les « savoirs appliqués », les « savoirs stratégiques » (savoirs pour l’action), les « savoirs praxiques » (savoirs d’action) et les « savoirs pratiques » (savoirs en action).

image042Figure page 185 

Le formateur arrive en formation avec ses savoirs pratiques personnels. Il va les confronter aux savoirs pratiques des autres participants lors des échanges et des travaux communs. Il est en effet capable de parler de ses savoirs pratiques, de les expliquer dans le contexte de l’action qu’il mène comme formateur. Ses collègues vont énoncer les leurs et de cet échange de pratiques vont émerger des savoirs praxiques (savoirs d’action) que le groupe va initier et formaliser.

On arrive ainsi à une professionnalisation du rôle du formateur en utilisant le groupe comme déclencheur du changement de posture.

(1)    Van Der Maren, J.-M (1996). Méthodes de recherche pour l’éducation. Bruxelles : De Boeck

Prix Octas 2008 de la FIQ

Publié: 10 avril 2008 dans Ressources

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Chaque année la Fédération des Informaticiens du Québec (FIQ) organise un gala pour récompenser des initiatives remarquables dans le monde des Tic.

Dans le domaine « Apprentissage en ligne et gestion des connaissances » « le colloque qui URL! » de l’APOP vient d’être nominé pour participer à la finale du 24 mai 2008.

Belle réussite pour nos collègues canadiens de l’APOP (http://www.apop.qc.ca/) qui ont initié cette idée de colloque entièrement à distance. Croisons les doigts pour le 24 mai !

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Sur le site de la FIQ : http://www.production-equinoxe.com/octas2008/resume_3-4.html

 

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Photo Jacques Cartier 

Lorsque l’on conçoit une formation ouverte et à distance ou même simplement un module de formation composé de séquences dans lesquelles vont se dérouler des activités, il est important de lire quelques ouvrages ayant trait à l’intelligence artificielle, de fouiller les notions d’EAO, d’EIAO (1), de système expert (2) par exemple.

On se positionne soi-même comme expert pour former des personnes que l’on pourrait qualifier de novices. Mais l’expert, comme l’indique Monique Linard (3), « va droit au but, par exemple, et ne se perd pas dans les détails, que ce soit dans la façon de poser ou dans la façon de résoudre un problème. » (Page 127)

L’auteur cite Dreyfus (1979) qui indique que l’expert sait :

  • séparer l’important de l’accessoire;
  • extraire les relations et configurations pertinentes;
  • hiérarchiser les objets entre eux et y associer les traits et règles corrects;
  • choisir les sous-buts essentiels pour l’objet final recherché.

Le novice, qui n’a pas ces compétences, n’a pas de vision synthétique et peut ainsi « piloter à vue ». Citons Monique Linard : « Il procède plutôt par exploration prudente au jugé, par tâtonnements, essais et erreurs, inductions plus ou moins erratiques, et surtout par une progression pas à pas totalement analytique, la seule qui le mette à l’abri de grosses erreurs (Dreyfus : 1986; Lawler : 1985). »

Avec une équipe de formateurs concepteurs nous avons créé une formation de formateurs à la foad appelée « Soffia » (Système Ouvert de Formation de Formateurs Inter-Académique).

A l’issue de la première année d’utilisation, nous nous sommes aperçus que nous avions eu « la main lourde » en ressources. Trop de ressources occasionne un effet de surcharge cognitive pour les apprenants.

Après la seconde année, qui vient de se terminer, nous allons encore réorganiser notre formation en l’axant plus sur une formation action dont l’objectif principal sera pour les apprenants le montage d’un projet de foad par groupes de 4 à 5 personnes. (4)

Notre travail prendra ainsi plus en compte le groupe des pairs, le rôle central du tuteur. Citons à nouveau Monique Linard dont les écrits ont influencé notre démarche : 

« La grande erreur en EAO, selon Jernstedt (1983), est de chercher à utiliser la machine pour remplacer les enseignants et le groupe des pairs alors que l’on sait avec certitude que les enseignants ont une influence profonde sur le développement cognitif et affectif des apprenants et que le groupe des pairs influe sur la réussite académique, la capacité à résoudre des problèmes et l’estime de soi intellectuelle. C’est en termes de « combinaison synergique » entre machines, formateurs et processus de groupe qu’il s’agit, selon l’auteur, de penser la question, et non pas en termes d’exclusion. » (Page 119)

(1) EAO : Enseignement Assisté par Ordinateur, EIAO : Enseignement Intelligent Assisté par ordinateur
(2) Système expert sur Wikipédia :
« D’une manière générale, un système expert est un outil capable de reproduire les mécanismes cognitifs d’un expert, dans un domaine particulier. Il s’agit de l’une des voies tentant d’aboutir à l’intelligence artificielle. »
Plus précisément, un système expert est un logiciel capable de répondre à des questions, en effectuant un raisonnement à partir de faits et de règles connus. Il peut servir notamment comme outil d’aide à la décision. Le premier système expert est DENDRAL. Il permettait d’identifier les constituants chimiques. »

(3) Monique Linard, « Des machines et des hommes », l’Harmattan – 1996
(4) La formation Soffia sera prochainement mise à disposition des Académies et hébergée par le pôle de compétences foad du Ministère de la Jeunesse, de l’Education et de la Recherche.

A propos de l’autonomisation

Publié: 29 mars 2008 dans Réflexions

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En formation ouverte et à distance on lit souvent que l’apprenant est au centre du dispositif. On souhaite développer son autonomisation.

Henri Holec en donne une définition précise :

« L’autonomisation constitue une dimension fondamentale de la démarche du C.R.A.P.E.L : elle en représente l’objectif, comme l’autodirection de l’apprentissage et le soutien en représentent la méthodologie. Ce choix, dicté par une volonté de centration maximale sur l’apprenant, permet d’envisager le progrès pédagogique dans une perspective nouvelle et de se dégager de l’alternative « traditionnelle » adaptation de l’apprenant à l’enseignement – adaptation de l’enseignement à l’apprenant. Par l’autonomisation, c’est-à-dire l’acquisition graduelle et individualisée de la capacité à prendre en charge son apprentissage, l’apprenant devient progressivement son propre enseignant, construit et évalue lui-même son apprentissage : les problèmes éducatifs qui se posent alors sont de vrais problèmes éducatifs qui concernent l’individu aussi bien en tant que personne et que sujet social qu’en tant qu’apprenant… »

Holec, H., 1981, « A propos de l’autonomie : quelques éléments de réflexion », ELA n° 41

Travailler dans ce sens nécessite de proposer à l’apprenant un dispositif de foad dédié. L’équipe de conception de la formation a une réflexion de fond à mener et un travail de scénarisation passionnant à faire !

Quelques pistes « provisoires » :

  • On pourrait imaginer une base documentaire mise à disposition des apprenants mais aussi une base documentaire proposée par les apprenants;
  • Des fiches conseils pour aider l’apprenant à s’organiser, à gérer son temps;
  • Un document personnel dans lequel l’apprenant note au fur et à mesure les travaux réalisés, les temps forts, les moments difficiles. Document pour un retour sur soi et une analyse réflexive;

Une personne joue un rôle fondamental dans ce contexte de formation, c’est le tuteur ou le conseiller dont parle Henri Holec. L’apprenant n’est pas livré à lui-même, il peut compter sur un suivi individualisé…

C.R.A.P.E.L : Centre de Recherches et d’Applications Pédagogiques En Langues – Université Nancy 2

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En 1998, cela fait dix ans, Monique Linard avait été interviewée par le Nouvel Observateur à propos de l’utilisation de l’ordinateur pour l’apprentissage.

Le mythe de l’ordinateur qui résoud toutes les difficultés d’apprentissage est encore vivace : l’enfant habile avec ses jeux informatiques, les parents et amis béats devant ses manipluations. Certes il s’agit là d’un savoir-faire appréciable mais pour apprendre il va falloir que cet enfant se confronte à une autre réalité souvent moins ludique et qui fait appel à des capacités de « gestion de l’action, anticipation, découpage, analyse, synthèse » comme l’indique Monique Linard dans l’interview citée.

Morceau choisi :

« … Au total c’est le credo de la plupart des chercheurs aujourd’hui, l’outil exceptionnel qu’est l’ordinateur ne peut avoir des effets significatifs que s’il est encadré par une relation humaine bienveillante et structurée. L’enseignant doit être là, à interroger et encourager sans cesse : pourquoi tu fais cela, où bloques-tu, vas-y, je t’aide, compare avec le voisin, bravo, c’est bien… Même Apple a compris cela, au vu d’une étude réalisée par des chercheurs dans des classes équipées en Mac depuis dix ans. Leur verdict : équiper ne suffit pas, le vrai problème est d’aider les enseignants à faire de la pédagogie avec la machine (1). »
(1) Cette étude a été traduite en français sous le titre «la Classe branchée», CNDP, 1997

Pour lire l’article cliquer sur ce lien : « Article du Nouvel Observateur – n° 1768 – Semaine du 24 septembre 1998« 

Le contenu de cet article est toujours d’actualité. Le questionnement reste le même aujourd’hui. Le formateur qui anime une foad pourrait être ainsi victime du même mythe. Le simple fait de mettre les ressources à disposition suffirait à ce que l’apprenant apprenne. Les animations flash agiraient comme un vase communicant distributeur de connaissance, l’apprentissage serait ainsi automatisé. La simple visite de quelques sites suffirait à intégrer les contenus qui s’y trouvent. Mais les choses sont plus compliquées et plus humaines …

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Lors de l’animation d’un stage de formateurs nous avons abordé récemment la problématique de la scénarisation en foad. Nous avons utilisé comme ressource le travail de l’équipe de Bernard Morin de l’Université de Montréal.

>>> Voir sur : http://www.formationadistance.umontreal.ca/production/index.html

Les personnes présentes, notamment des enseignants en poste, ont indiqué qu’elles ne passaient plus par la phase d’écriture de leurs séquences pédagogiques (finalités, buts, objectifs, sous-objectifs, évaluation, …) mais travaillaient un peu au « feeling » avec la structure de la séance dans la tête.

Ceci n’est guère possible en foad comme l’indique le document de nos amis québécois. Il faut scénariser au plus près.

Je pense qu’un des atouts de la foad se situe dans ce cheminement, passage obligé. De mon côté, pour mes activités en présence d’élèves de collège, je suis revenu à la rédaction de mes séquences comme lorsque j’étais instituteur avec la tenue du « cahier journal« .

La foad est ainsi, en priorité, un travail pédagogique durant lequel le formateur « revisite » ses pratiques pédagogiques. L’aspect technologique a certes son importance, mais il est au second plan.

Compétences du formateur

Publié: 11 mars 2008 dans Ressources

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Lorsqu’un organisme de formation demande à ses formateurs d’intégrer du distant dans leur pratique il doit avoir conscience que le passage du présentiel au distant ne s’opère pas d’un coup de baguette magique.

En effet pour le formateur habitué à baser son action sur les contenus, de sa discipline par exemple, l’utilisation de Tic fait basculer son rôle vers :

  • la facilitation de la phase d’interaction avec les contenus;
  • la facilitation de l’intégration et de la validation de cette intégration dans des applications dans d’autres contextes.

Le formateur devra posséder des compétences nouvelles au niveau méta : par exemple identifier les difficultés de l’apprenant, évaluer où il se situe dans la progression des apprentissages, dans sa compréhension des concepts.

La formation doit ainsi se centrer plus sur les processus cognitifs et relationnels.

Vous pouvez regarder la vidéo de Claire Belisle sur Canal-U sur ce thème :

Adresse : http://www.canal-u.fr/index.php/canalu/themes__1/sciences_de_l_ingenieur/informatique/formateurs_et_ntic

Atice ?

Publié: 21 février 2008 dans Ressources

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François Villemonteix a mené dans sa thèse un travail de fond sur le rôle des animateurs Tice. Le travail au quotidien des collègues qui assument ce rôle est étudié finement.

Leur travail est parfois « inconfortable » car ils ne savent pas toujours où se situer : spécialistes techniques ou pédagogiques. La lecture de cette thèse aidera de nombreux collègues à éclaircir cette question.

« Les animateurs TICE à l’école primaire : spécificités et devenir d’un groupe professionnel
Analyse de processus de professionnalisation dans une communauté de pratiques en ligne« 

François VillemonteixEDA – Laboratoire EDucation et Apprentissage

Thèse téléchargeable sur :  http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00198063/fr/

Morceau choisi page 55 : 

« Comment les acteurs gèrent-ils cette contradiction, entre construction d’une identité de spécialiste et une spécialité dont le périmètre semble encore flou, à la croisée des chemins disciplinaires, sans contenus scientifiques de référence affichés, au moins, par l’institution éducative ? Quelle légitimité l’ATICE, ce « spécialiste » a-t-il pu développer dans son champ de pratiques jusqu’à aujourd’hui ? Le problème n’est pas simple. En tout cas si les TICE doivent être l’affaire de tous, elles doivent également être celles de spécialistes ? Comme le souligne J. WALLET, il convient de se méfier de l’argument consistant à faire croire que l’existence du « spécialiste de la souris » ne se justifie pas, pas plus que celle du spécialiste de la craie, sous prétexte qu’on est passé dans les écoles « de la craie à la souris » (WALLET, 2002). »

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Suite du billet sur l’ouvrage “Comprendre les communautés virtuelles d’apprentissage – Pratiques et recherches“. (L’Harmattan)

Bernadette Chalier et Amaury Daele – >>> Lien sur le billet <<<

 

 Dans le chapitre 12 de cet ouvrage Thérèse Laferrière et Isabelle Nizet (Université Laval, Québec, Canada) évoquent les conditions de fonctionnement des communautés dans des espaces numériques. Le morceau choisi ci-dessous fait partie de leur conclusion à la page 173.

« …En nous appuyant, entre autres, sur les conditions observées dans des communautés de pratique ou des communautés d’apprentissage, nous croyons avoir montré qu’une communauté de pratique ou d’apprentissage fonctionne quand ses membres échangent de manière à créer et à gérer le produit de leur collaboration dans un mouvement continu de production d’informations, d’interprétations et d’appropriation.

Nous croyons avoir aussi montré que les conditions de fonctionnement sont le niveau organisationnel et conversationnel. Ainsi, en milieu organisationnel de travail, pour que la communauté de pratique virtuelle fonctionne, la participation de ses membres doit évoluer dans le sens des trois caractéristiques de base de toute communauté, soient l’engagement mutuel des participants, l’entreprise conjointe et le répertoire partagé des ressources. Des conditions externes ambiantes sont aussi facilitantes : de l’équipement et de la formation au plan technique, le soutien d’un parrain et d’un animateur, une culture organisationnelle démocratique. »

Lorsque l’on travaille en utilisant du distant la question se pose souvent de la spécificité de l’activité collective. Comment l’aborder, comment la structurer, comment l’animer, comment l’évaluer ? Ce type d’ouvrage ouvre des perspectives à qui se questionne ainsi. Un aller-retour incessant entre pratique et savoir savant est une nécessité. Les outils pédagogiques que l’on forge ne tombent pas sous le sens, ils sont le fruit d’une grande pratique, d’une recherche de savoirs variée et obstinée.

 

On peut alors mettre en chantier une activité pour les apprenants. Il faudra alors analyser leurs réactions, leur démarche, leurs tâtonnements, leurs productions pour venir ensuite ré-interroger cette activité et l’amender.

 

“En pédagogie, on en est à la préhistoire (…). Obstinément, au ras du sol, faisant feu de tout bois, nous taillons nos silex, créant nos outils matériels et conceptuels, des outils qui pourraient servir à d’autres.”

F.oury – De la classe coopérative à la pédagogie institutionnelle, Maspéro, Paris, p; 47.

 

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Une équipe de l’Université de Montréal dirigée par Bernard Morin a mis en ligne un travail précieux sur le thème de la production de cours en formation à distance.

Adresse : http://www.formationadistance.umontreal.ca/production/

La démarche est claire sous forme d’interviews, avec des schémas explicites.

Morceau choisi :

« Les activités d’apprentissage ne jouent pas un rôle secondaire par rapport au contenu, bien au contraire. Leur but est non seulement de favoriser l’apprentissage, mais aussi de piquer la curiosité de l’étudiant, de retenir son attention, de le forcer à réfléchir aux concepts qui lui sont présentés. Mais, dans tout ça, le plus important, c’est que les activités soient signifiantes et qu’elles s’harmonisent bien avec les objectifs visés et les éléments de contenu. L’auteur doit donc leur accorder toute l’attention qu’elles méritent. »

Le formateur qui se lance aura de quoi poser les jalons essentiels pour adopter une démarche rigoureuse.

Merci aux collègues canadiennes et canadiens pour ce travail et sa mise à disposition !