Archives de la catégorie ‘Lectures’

Formateurs et identités

Publié: 21 octobre 2008 dans Lectures
Tags:

image016

Lorsque que l’on travaille dans le monde de la formation on fréquente des collègues qui viennent souvent d’horizons très différents. C’est le cas souvent si l’on fait des interventions ponctuelles dans différents organismes.

Mais qui sont ces formateurs ? Des travailleurs sociaux, des enseignants, des professionnels spécialistes d’un savoir ou d’une technique ?

Les jeunes qui entrent dans cette activité (est-ce un métier, est-ce une profession ?) restent-ils longtemps dans cette fonction ? Souhaitent-ils aller vers d’autres cieux ? Comment voient-ils professionnellement leurs futurs proche et lointain ?

Vous serez interpellé(e) par l’ouvrage de Patrick Gravé (1) qui, grâce à une enquête approfondie, donne un éclairage évocateur sur l’identité du formateur, mot passe-partout.

Morceau choisi :

 » Pour Bernard Liétard (1992), les formateurs sont en quête d’identités sociales et professionnelles. On peut renverser l’assertion et se demander pourquoi cette identité ne s’est toujours pas constituée (ou ces identités ne se sont-elles toujours pas constituées). Et si les formateurs ne devaient surtout pas parvenir à construire leur identité sociale et professionnelle pour pouvoir continuer d’assurer leur rôle  de modifieurs de représentations, leur rôle d’aide à la construction d’identité sociale et professionnelle des apprenants ? Tout se passe comme si les formateurs devaient maintenir cette incertitude quant à leur identité sociale et professionnelle pour pouvoir exercer ces rôles majeurs. » – Page 61

Et dans la conclusion :

« Bien que formateur, tu n’es pas formateur, tu es enseignant (ou travailleur social ou technicien) ; bien qu’enseignant (ou travailleur social ou technicien), tu n’es pas vraiment enseignant (travailleur social ou technicien), tu es formateur ; les enseignants (ou travailleurs sociaux ou techniciens) sont des formateurs, mais pas comme les autres. En ce sens, ceux que l’on nomme les formateurs d’adultes ne sont-ils pas des sujets interculturés ? » – Page 192

(1) « Formateurs et identités », Education et formation – Puf – mai 2002

Evaluer l’ouverture d’un dispositif

Publié: 16 septembre 2008 dans Lectures
Tags:

image019

Photo Jacques Cartier – « bouée cardinale est à marée basse« 

Annie Jézégou, dans son ouvrage « Formations ouvertes : libertés de choix et autodirection de l’apprenant » (1), donne la définition suivante de l’ouverture en formation :

« L’ouverture en formation renvoie à un ensemble de dispositifs flexibles et autonomisants dont la principale propriété et d’ouvrir à l’apprenant des libertés de choix, afin qu’il puisse exercer un contrôle socio-organisationnel et pédagogique sur sa formation et sur ses apprentissages. »

Des chercheurs canadiens (Leclerc Gilbert, Nadeau Jean René, Poulin Noma, Sauvé Louise) ont élaboré une grille permettant d’évaluer le degré d’ouverture d’un dispositif de formation. Cette grille s’intitule « GENIP » : Grille d’Evaluation et d’Individualisation des Programmes.

 Composantes de l’environnement éducatif sujettes à l’individualisation des programmes

Très grand (3) Grand (2) Faible (1) Nul (0)

Le lieu :

En permettant à l’apprenant de suivre le programme dans les lieux les plus adaptés à ses possibilités.

 

 

 

 

Le temps :

En laissant à l’individu la possibilité de déterminer son horaire de formation en fonction de ses disponibilités.

 

 

 

 

L’accès :

En permettant des entrées continues, en reconnaissant la formation déjà acquise dans d’autres programmes ou bien par l’expérience , en offrant des formules de rattrapage ou des raccourcis, etc.

 

 

 

 

Le cheminement :

En laissant place à des cours à options ou même des profils diversifiés de formation.

 

 

 

 

Le rythme :

En permettant à chacun d’avancer au rythme qui lui convient le mieux.

 

 

 

 

La séquence :

En permettant à chacun de déterminer l’ordre de succession de ses activités pédagogiques.

 

 

 

 

Les objectifs :

En donnant à l’apprenant la possibilité de déterminer lui-même ses objectifs.

 

 

 

 

Les contenus :

En créant les conditions pour que, une fois les objectifs fixés, chacun définisse lui-même les contenus théoriques ou pratiques qui lui conviennent le mieux.

 

 

 

 

Le format :

En laissant la liberté de choisir à l’apprenant de travailler seul ou en groupe.

 

 

 

 

Les méthodes :

En laissant à l’apprenant le choix des méthodes qui lui conviennent le mieux (cours magistral, cours tutoral, enseignement programmé, etc.)

 

 

 

 

Les moyens d’apprentissage :

En permettant à chacun le choix des moyens les plus appropriés (documents audiovisuels, rencontres, voyages, colloques, etc.)

 

 

 

 

Les personnes ressources :

En permettant d’avoir recours, au besoin, individuellement ou en très petit groupe, à l’assistance de personnes-ressources.

 

 

 

 

L’évaluation :

En offrant à l’apprenant la possibilité de déterminer les modalités d’évaluation de son apprentissage (mode, temps, critères, barême)

 

 

 

 

>>> Tableau sur http://www.formco.agriculture.gouv.fr/intranet/projet/pj/synthFOADVdef.pdf

Chaque item est noté de 0 à 3 (Degré de liberté de choix : DLC). Plus la note globale obtenue est importante et plus le dispositif est qualifié d’ouvert.

Les auteurs de ce tableau font une analyse plus fine en attribuant un coefficient de pondération spécifique à chacune des 13 composantes.

Il est intéressant de prendre un exemple d’une formation en ligne et de l’analyser en prenant ce tableau comme outil.

Réflexion garantie !

Innovation ordinaire

Publié: 18 juin 2008 dans Lectures
Tags:

image031

« Introduire de la foad dans un centre de formation relève d’une transformation alchimique, il va falloir recomposer activités, procédures, mode de gestion et d’enseignement … C’est-à-dire déconstruire la « statue » actuelle du centre de formation pour ré élaborer à partir de ses composants, en dynamique, un organisme vivant dans lequel les technologies auront leur part. De nombreuses questions se posent : comment se préparer à ce changement ? Quels sont les freins ? A quelles conditions réussir ? Qui gagne quoi dans un dispositif de professionnalisation ? Comment instaurer cette dynamique à long terme ? Quelle part laisser aux technologies ? »

Véronique Duveau-Patureau
Revue Distance et savoirs -Volume 2 – n° 1/2004, page 26

 

 

 

 

 

L’organisme de formation qui « se lance » peut difficilement faire les choses à moitié. Par exemple se doter d’une plate-forme et penser que cet outil suffira à implanter la foad dans les pratiques. Il manque de nombreux maillons à la transformation alchimique dont parle Véronique Duveau-Patureau. On peut ainsi penser que l’on se trouve dans une problématique d’innovation. A ce propos l’ouvrage de Norbert Alter « L’innovation ordinaire » est d’un apport précieux. L’auteur aborde les notions d’invention et d’innovation, indique comment une invention devient une innovation et quel est son chemin de vie.

« Ce qui semble intéressant est le fait, largement mis en évidence par la sociologie de l’innovation, que le passage de l’invention à l’innovation suppose l’existence de découvertes intermédiaires, qui se traduisent par des usages imprévus et par une capacité à en tenir compte collectivement. Plus fondamentalement, ce qui permet l’innovation n’est pas l’idée que l’on s’en fait initialement mais les leçons que l’on tire de sa mise en oeuvre. » Page 80

Pour l’auteur l’innovation ne se décrète pas d’en haut, elle est une activité profondément collective dans laquelle chacune et chacun à sa part à jouer. Il cite Joseph Shumpeter qui dit dans son ouvrage « Capitalisme, socialisme et démocratie »– 1942 :

« L’innovation n’est ni une bonne ni une mauvaise chose, elle est une « destruction créatrice ». Elle détruit l’ancien pour créer le nouveau … Cette circonstance de perpétuel changement représente la nouvelle donne du fonctionnement des firmes… La nouveauté pour « prendre » ne doit pas être en surplomb par rapport aux pratiques sociales. Elle doit faire l’objet d’une appropriation… Cette idée est majeure pour les sciences de gestion comme pour les pratiques gestionnaires. L’innovation représente ainsi une activité collective. »

L’organisme de formation va déconstruire pour reconstruire. Le temps nécessaire à cette nouvelle naissance engendrera des difficultés : la prise de conscience que l’innovation ne peut être dogmatique, la nécessité d’une nouvelle professionnalisation des acteurs, de nouveaux modes de gestion, la gestion des conflits entre innovateurs et ordre établi, l’absence d’un état stable, …

A propos des savoirs

Publié: 31 Mai 2008 dans Lectures
Tags:

image033

Photo Jacques Cartier 

Dans son ouvrage « Professionnalisation et développement professionnel » (1) Richard Wittorski évoque des questions en débat autour des savoirs. (page 60)

« Les savoirs sont-ils des produits « objectivés » ou des produits « cognitifs » dépendants d’un rapport (subjectif) au savoir ? La position de Charlot (1997) (2) est claire à ce sujet lorsqu’il considère qu’ « il n’est pas de savoir sans rapport au savoir et sans rapport au monde » (Charlot, 1997, p. 42). Il cite Schlanger (1978) (3) : « il ne peut y avoir de savoir hors la situation cognitive, il ne peut y avoir de savoir en soi. Le savoir est une relation, un produit et un résultat. Relation du sujet connaissant à son monde, produit par l’interaction entre le sujet et le monde, résultat de cette interaction » (cité par Charlot, 1997, p. 70). Ainsi, le rapport au savoir  est une forme de rapport au monde … Il est rapport d’un sujet au monde, à soi-même et aux autres, « le rapport au savoir est l’ensemble organisé des relations qu’un sujet entretient avec tout ce qui relève de l’apprendre et du savoir » (opus cité, p. 94). Bien plus, Charlot fait la différence entre le rapport DE savoir (rapport social, par exemple entre ouvrier et ingénieur) et le rapport AU savoir (« Le rapport au savoir se construit dans des rapports sociaux de savoir » (opus cité, p. 100). S’agissant des savoirs pratiques, Charlot ajoute que « ce n’est pas le savoir lui-même qui est pratique, c’est l’usage qu’on en fait, dans un rapport pratique au monde… Autrement dit, c’est le rapport à ce savoir qui est scientifique ou pratique et non ce savoir lui-même » (opus cité, p. 71) ». »

L’auteur évoque par exemple les savoirs liés à l’action que l’on qualifie de savoirs d’action, savoirs d’expérience, savoirs professionnels, savoirs cachés dans l’agir professionnel. Quelles sont les spécificités de chacun d’entre eux ?

Et alors qu’en est-il des notions de compétence, de connaissance ? Cet ouvrage vous aidera à clarifier ces notions avec lesquelles, pour le formateur, il n’est pas toujours aisé « d’être au clair » !

(1) Wittorski R. (2007). Professionnalisation et développement professionnel. Paris : L’Harmattan.
(2) Charlot, B. (1997). Du rapport au savoir, éléments pour une théorie. Paris : Economica.

(3) Schlanger, J (1978). Une théorie du savoir. Paris : Vrin

Relation chercheur praticien

Publié: 13 Mai 2008 dans Lectures
Tags:

image034

La relation entre le chercheur et le praticien n’est pas toujours simple. Et pourtant ils ont besoin l’un de l’autre. Jean-Marie Van Der Maren évoque ce problème dans son ouvrage « Méthodes de recherche pour l’éducation » (1) :

« Le risque d’une praxis dogmatique et normative est d’autant plus grand que le savoir de l’artisan, le savoir pratique, est essentiellement un savoir qui s’exécute, qui ne se dit pas ni ne s’écrit. Si l’artisan est bien l’acteur de son oeuvre, il n’est que rarement l’auteur du texte qui la commente. C’est un paradoxe curieux de la situation artistique que l’on retrouve là. Le critique artistique a un droit d’auteur sur le texte qu’il produit à propos de l’oeuvre de l’artiste, alors que son texte ne pourrait pas exister sans l’oeuvre de l’artiste, qu’il ne rétribue pas l’artiste et que souvent il est incapable de faire ce qu’a fait l’artiste. Plus, le critique artistique s’imagine et se comporte souvent comme si l’oeuvre de l’artiste n’avait d’existence que grâce à sa critique. Or, il n’a rien fait, sinon parler (ou écrire) sur ce que l’artiste a fait, mais, parce qu’il a pu parler de l’oeuvre, c’est lui l’auteur. » page 51

On voit que le chercheur doit rester en retrait, avec un profond respect pour les personnes avec lesquelles il entreprend sa recherche et dont il tire les corpus utiles à son travail. Il est, comme le dit l’auteur, en « position de traducteur« .

(1) VAN DER MAREN J.M., Méthodes de recherche pour l’éducation. Bruxelles : De Boeck, 2004

image035

 

Après avoir lu le tome 2 de « Petites chroniques du dimanche soir » de Michel Serres, je n’ai pas résisté à la tentation d’acheter le tome 1 !

Dans la chronique du 19 septembre 2004 intitulée « Ivan le Terrible : l’homme et la nature » (page 16), Michel Serres évoque le problème de la dichotomie de la formation des individus, entre les littéraires et les scientifiques :

 

 

« Et, dans tous les pays occidentaux, l’Université fabrique deux populations différenciées, très séparées. D’un côté, ceux qu’on appelle les « littéraires », qui connaissent bien la culture, l’histoire, la sociologie, bref, les sciences humaines, et de l’autre côté, les « scientifiques », avec les sciences dures, la physique, les mathématiques, la chimie, etc. Ces derniers ont une idée précise de la nature, de la planète, de l’état de l’atmosphère et de la mer. Les premiers ont des idées précises sur le vote et la démocratie. Autrement dit, ceux qui connaissent la nature ne connaissent pas les hommes, ceux qui connaissent les hommes ne connaissent pas la nature. »

Michel Serres, « Petites chroniques du dimanche soir », Le Pommier – 2006 – page 18

 

 

 La foad utilise des technologies. En cela elle est fédératrice des deux « populations » citées puisqu’elle permet à la fois aux littéraires et aux scientifiques de se former. Les scientifiques ont inventé les ordinateurs, les littéraires sont spécialistes du message, tout le monde s’y retrouve !

Un dispositif de formation visant la professionnalisation des acteurs ne reste pas sur ce type de séparation entre littéraires et scientifiques, il s’adresse à l’ensemble des personnes quelque soit leur profil et vise ainsi des objectifs larges et fédérateurs :

 

« Si par ailleurs comme l’indique G. Vergnaud, une pratique professionnelle est faite d’un ensemble organisé de missions, de fonctions, de techniques humaines et organisationnelles, de technologies, que l’individu met en oeuvre non seulement seul mais aussi en relation avec d’autres – de telle manière que l’exercice du travail est aussi de savoir communiquer, un réseau de relations, du partage de valeurs, de conception, de besoins, d’objectifs et d’intentions -, alors le process de formation ne peut plus être pensé au seul plan des enjeux de savoir du geste technique. Ceci contraint le formateur à se préoccuper des situations et des collectifs de production et d’en notifier les indicateurs et les observables. » (1)

(1)    « Alors, professionnaliser par la formation ?, Maryvonne Sorel – Page 163
In « La professionnalisation en actes et en questions », coordonné par Maryvonne Sorel et Richard Wittorski, L’Harmattan, 2005.

Petites chroniques de la foad !

Publié: 24 avril 2008 dans Lectures

image037

En lisant cet ouvrage délicieux de Michel Serres je suis tombé sur un morceau choisi intitulé « La rentrée des classes » :

« La rentrée de septembre est assez récente. Celle d’octobre respectait un rythme agricole, un rythme rural. Elle se faisait après les dernières récoltes, la moisson de l’été, la cueillette des fruits, les vendanges d’automne… Les familles agricoles n’avaient alors plus besoin de leurs enfants pour ces petits travaux. Dès les premiers labours, travail lourd, travail d’adulte, et pendant l’hiver, où il y avait vraiment de la vacance de travail, elles les envoyaient volontiers à l’école. On conserve longtemps dans les sociétés les mêmes rythmes en oubliant quelle est leur origine… »

Michel Serres, « Petites chroniques du dimanche soir 2 », Le Pommier – 2007 – page 101

N’y-a-t-il pas un parallèle à faire entre ce temps qu’une société met à changer un rythme car elle en a oublié l’origine et le temps mis par cette même société à modifier sa ou ses façons de transmettre la connaissance ? Combien de temps faut-il, par exemple, pour bousculer le paradigme de l’enseignement et tendre vers « l’apprendre sans être enseigné » ? Combien de temps faut-il pour apprendre de façon hybride (présence / distance) ou, dans certains cas, tout à distance ?

 

Les personnes engagées dans la foad s’interrogent souvent sur le fait que son intégration dans la formation initiale ou continue peine à se développer de façon significative. Quels sont alors les changements à opérer pour accélérer cette migration ? Certainement un changement de professionnalisation des acteurs, des activités et des organisations (1), du temps, et peut-être de nombreux labours de début d’hiver !

image038
(1) « La professionnalisation en actes et en questions », coordonné par Maryvonne Sorel et Richard Wittorski, L’Harmattan, 2005.

 

 

image036

Plusieurs personnes ont participé à cet ouvrage (1) dont Mokhtar Kaddouri qui est maître de conférences au CNAM (Formation des adultes, CRF, Paris).

Je cite la conclusion de sa contribution à l’ouvrage intitulée “Professionnalisation et dynamiques identitaires” (page 145) :

“Nous venons de le voir, les attitudes à l’égard de l’offre institutionnelle de professionnalisation sont déterminées par la place qu’accordent les individus à la professionnalisation dans le cadre de leurs stratégies identitaires et au rapport entre projet institutionnel et projet personnel de professionnalisation.

La complémentarité de ces deux projets conduit à un investissement dans les démarches institutionnelles de professionnalisation alors que leur inadéquation risque de produire de la résistance, du refus ou de la résignation.

Les démarches de professionnalisation, quelques soient leur nature et les formes qu’elles prennent (formation instituée, université d’été, séminaires, échange de pratiques, etc.), tant qu’elles n’auront pas pris en compte les dynamiques et les stratégies identitaires dans lesquelles sont inscrites les personnes auxquelles elles s’adressent, risquent de produire de la résistance, du refus franc et farouche ou de la résignation. Cela ne veut pas dire qu’il faille concevoir les dispositifs en fonction des seules dynamiques individuelles en question. Mais cela signifie que rien ne pourra remplacer une négociation qui fait émerger le sens, ce dernier étant le garant incontournable de l’engagement dans les démarches de professionnalisation.” – Page 156 –

Lors d’une formation récente de formateurs à la foad, nous avions du mal, avec mes collègues tuteurs, à “mener” nos groupes d’apprenants. (formateurs présentiels à qui l’on demandait d’intégrer du distant dans leur pratique)

L’ouvrage cité, coordonné par Maryvonne Sorel et Richard Wittorski, apporte des explications aux difficultés rencontrées. Le passage du présentiel au distanciel touche de près à la professionnalisation des personnes. On ne peut pas faire l’économie de la négociation évoquée par Mokhtar Kaddouri.

 

L’organisme de formation, qui “pousse à la roue”, doit lui aussi professionnaliser son action. Il ne peut se contenter de professionnaliser uniquement les acteurs que sont les formateurs. Ceux-ci ne sont qu’un maillon de la chaîne du changement à opérer.

(1)    “La professionnalisation en actes et en questions”, coordonné par Maryvonne Sorel et Richard Wittorski, L’Harmattan, 2005

 

image041

Quelques réflexions après la lecture de l’ouvrage « Formation, travail et professionnalisation » coordonné par Richard Wittorski (L’Harmattan septembre 2005).

Le formateur présentiel qui suit une formation pour intégrer du distant dans sa pratique se trouve aux confins de plusieurs savoirs qu’il va devoir réinterroger, confronter aux savoirs des autres apprenants de son groupe de formation pour construire de nouveaux savoirs adaptés à la nouvelle mission qui lui incombe.

Van Der Maren (1) distingue cinq savoirs : les « savoirs scientifiques », les « savoirs appliqués », les « savoirs stratégiques » (savoirs pour l’action), les « savoirs praxiques » (savoirs d’action) et les « savoirs pratiques » (savoirs en action).

image042Figure page 185 

Le formateur arrive en formation avec ses savoirs pratiques personnels. Il va les confronter aux savoirs pratiques des autres participants lors des échanges et des travaux communs. Il est en effet capable de parler de ses savoirs pratiques, de les expliquer dans le contexte de l’action qu’il mène comme formateur. Ses collègues vont énoncer les leurs et de cet échange de pratiques vont émerger des savoirs praxiques (savoirs d’action) que le groupe va initier et formaliser.

On arrive ainsi à une professionnalisation du rôle du formateur en utilisant le groupe comme déclencheur du changement de posture.

(1)    Van Der Maren, J.-M (1996). Méthodes de recherche pour l’éducation. Bruxelles : De Boeck

image053

 

Suite du billet sur l’ouvrage “Comprendre les communautés virtuelles d’apprentissage – Pratiques et recherches“. (L’Harmattan)

Bernadette Chalier et Amaury Daele – >>> Lien sur le billet <<<

 

 Dans le chapitre 12 de cet ouvrage Thérèse Laferrière et Isabelle Nizet (Université Laval, Québec, Canada) évoquent les conditions de fonctionnement des communautés dans des espaces numériques. Le morceau choisi ci-dessous fait partie de leur conclusion à la page 173.

« …En nous appuyant, entre autres, sur les conditions observées dans des communautés de pratique ou des communautés d’apprentissage, nous croyons avoir montré qu’une communauté de pratique ou d’apprentissage fonctionne quand ses membres échangent de manière à créer et à gérer le produit de leur collaboration dans un mouvement continu de production d’informations, d’interprétations et d’appropriation.

Nous croyons avoir aussi montré que les conditions de fonctionnement sont le niveau organisationnel et conversationnel. Ainsi, en milieu organisationnel de travail, pour que la communauté de pratique virtuelle fonctionne, la participation de ses membres doit évoluer dans le sens des trois caractéristiques de base de toute communauté, soient l’engagement mutuel des participants, l’entreprise conjointe et le répertoire partagé des ressources. Des conditions externes ambiantes sont aussi facilitantes : de l’équipement et de la formation au plan technique, le soutien d’un parrain et d’un animateur, une culture organisationnelle démocratique. »

Lorsque l’on travaille en utilisant du distant la question se pose souvent de la spécificité de l’activité collective. Comment l’aborder, comment la structurer, comment l’animer, comment l’évaluer ? Ce type d’ouvrage ouvre des perspectives à qui se questionne ainsi. Un aller-retour incessant entre pratique et savoir savant est une nécessité. Les outils pédagogiques que l’on forge ne tombent pas sous le sens, ils sont le fruit d’une grande pratique, d’une recherche de savoirs variée et obstinée.

 

On peut alors mettre en chantier une activité pour les apprenants. Il faudra alors analyser leurs réactions, leur démarche, leurs tâtonnements, leurs productions pour venir ensuite ré-interroger cette activité et l’amender.

 

“En pédagogie, on en est à la préhistoire (…). Obstinément, au ras du sol, faisant feu de tout bois, nous taillons nos silex, créant nos outils matériels et conceptuels, des outils qui pourraient servir à d’autres.”

F.oury – De la classe coopérative à la pédagogie institutionnelle, Maspéro, Paris, p; 47.